jeudi 31 janvier 2008

« Israël a commencé la guerre. Et la guerre a été une erreur majeure » - Eliahou Winograd

Le Premier ministre d’Israël, Ehoud Olmert, n’était pas sans savoir qu’un tsunami se préparait lorsque le juge à la retraite, Eliahou Winograd, qui préside la commission d’enquête chargée d’étudier les opérations militaires menées au Liban entre le 12 juillet et le 14 août 2006, lui a remis copie de son rapport de plus de 600 pages, rédigé sur la base de 74 témoignages de responsables politiques et militaires et d’experts. La publication attendue du rapport confirme les pires craintes : incompétence, absence de coordination, manque cruel de synchronisation et de communication entre les armées, tout s’y trouve. Israël, une puissance régionale, fait piètre figure contre le Hezbollah du Liban.

Un mur de béton se dresse autour du Premier ministre, en prévision des réactions que suscitera le rapport Winograd. Au bénéfice d’Ehoud Olmert, le rapport ne formule aucune recommandation sur une démission possible de ce dernier, dont la responsabilité dans les ratés de la guerre avait déjà été mise en avant lors du rapport intérimaire publié en 2007. Aucun ministre du gouvernement ne semble vouloir des élections anticipées en Israël. Ehoud Barak, chef du Parti travailliste et ministre de la Défense, avait prévu le coup : « Le premier ministre n’était pas seul à blâmer dans cette affaire », laissant entendre son peu d’intérêt pour pour un retour plus tôt que prévu aux urnes. « Je vous le dis, il n’y aura pas d’élections anticipées », a renchéri le ministre des Finances, Ronnie Bar-On, membre du parti centriste Kadima d’Olmert. « Le rapport Winograd ne déclenchera pas une nuit des longs couteaux au sein du parti Kadima », a déclaré le ministre du Logement, Zeev Boim. Le fait que le parti de droite Likoud, dirigé par l’ex-premier ministre Benyamin Netanyahou, soit donné gagnant par les sondages expliquerait en partie cette situation.

Une partie significative du rapport est consacrée aux trois derniers jours de la guerre. Vendredi 11 aout 2006, alors que les ambassadeurs français et américain à l’ONU travaillaient activement à un cessez-le-feu qui engagerait Israël, le Hezbollah et le Liban, Olmert avait donné le feu vert à une opération de grande envergure. La décision de lancer l’opération à un moment où les négociations aux Nations unies étaient sur le point d’aboutir, alors qu’Olmert savait qu’il n’avait que 60 heures devant lui, ainsi que le nombre élevé des pertes, ont transformé cette opération militaire en l’un des événements les plus controversés de la guerre, sauf que « les forces de Tsahal n’étaient pas prêtes pour une telle opération », a expliqué le juge Winograd. (DesInfos).

De façon plus générale, le président de la Commission, Eliahou Winograd, a rappelé quels étaient les buts de sa Commission : « répondre à la crise profonde dans la population suite à cette guerre non gagnée et la nécessité de réparer les défaillances ». Comme l’indique Arouts7 : « les membres de la Commission ont rappelé à plusieurs reprises le manque de préparation de l’échelon militaire, l’absence de vision stratégique de l’échelon politique, et surtout les défaillances dans les relations et la communication entre eux ». « Les buts trop ambitieux déclarés au début du conflit, et les hésitations dans les décisions, ont réduit les marges de manœuvres de l’armée et des responsables politiques. Les alternatives étaient réduites, et Israël a été entraîné dans la dernière offensive » a indiqué Eliahou Winograd.

De plus, le président de la Commission constate que : « Bien que jouissant d’une supériorité aérienne, Israël a perdu la guerre. Aussi bien au niveau politique, qu’au niveau militaire, les chefs de l’exécutif se sont lourdement trompés ». De manière plus cinglante, la Commission en vient à la conclusion que : « Israël a commencé la guerre. Et la guerre a été une grande erreur, une erreur majeure ». Pour l’auteur du rapport, « la guerre a été un fiasco total ». C’est ce qu’il a déclaré devant les journalistes. Pire. Selon le juge, s’il n’y a pas eu défaillance dans la décision du cabinet Olmert de lancer cette offensive : « la décision d’entrer en guerre a été prise sans aucune stratégie ». Et Eliahou Winograd de conclure : « À l’avenir, pour dissuader nos ennemis, Israël a besoin de dirigeants forts et d’une armée puissante ». Malgré tout, le rapport estime que le Premier ministre, Ehoud Olmert, a été guidé par « une approche sincère des intérêts d’Israël ». Cela étant dit, il reste que, selon la Commission Winograd : « Tsahal n’a pas répondu aux besoins de défense du pays, par le fait que les missiles ont continué à pleuvoir sur Israël tout au long du conflit, ce qui a eu des conséquences graves, même sur les événements futurs ».

Entre 1.035 et 1.191 civils et combattants libanais ont été tués durant la guerre au Liban, tandis que côté israélien 119 soldats et 40 soldats ont trouvé la mort, selon des chiffres provenant des deux camps.

Le juge Eliahou Winograd s’est déclaré satisfait de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Selon lui, le fait que cette résolution, établie à partir d’un document préparé par la France et les États-Unis, a été votée à l’unanimité est une « victoire » pour Israël - bien qu’elle n’ait été ensuite appliquée qu’à moitié. Cette résolution appelait la milice chiite libanaise Hezbollah à cesser immédiatement toutes ses attaques et Israël à cesser immédiatement toutes ses opérations militaires offensives au Liban. Le projet avait été critiqué par le Liban et la Ligue arabe pour ne pas avoir exigé un retrait immédiat de Tsahal et pour avoir autorisé Israël à poursuivre ses opérations contre le Hezbollah. Pour la Commission, les acquis de la guerre sont, notamment, le cessez-le-feu, et l’éloignement du Hezbollah de la frontière libanaise. Elle a dressé des compliments aux réservistes et aux soldats pour leur engagement et leur dévouement.

Notons en terminant que ce rapport, tant attendu, ne comporte pas, premièrement, « de conclusions personnalisées, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de responsabilités personnelles » et, deuxièmement, ce qui est très important, que le rapport inclut « toutes les conclusions contenues dans le Rapport intermédiaire ». Pour sa part, après avoir essuyé ces critiques plutôt réservées de la part de la commission Winograd, le Premier ministre, Ehoud Olmert, a publié un communiqué dans lequel il affirme qu’il garde toute sa confiance en « Tsahal, ses commandants, ses soldats et ses capacités ». D’après Olmert, Tsahal continue et continuera à s’entraîner, à s’améliorer, à se renforcer et à être prêt à affronter n’importe quels défis et missions.

Les couteaux ont commencé à voler au-dessus de la tête du chef du gouvernement. Le député Aryeh Eldad (Ihoud Léoumi-Mafdal) a commenté le rapport de la commission Winograd en affirmant que le Premier ministre Ehoud Olmert « occuperait dans l’histoire la place du plus mauvais dirigeant d’Israël ». Et d’ajouter : « La sentence est rendue. Les citoyens israéliens exigeront des comptes des marionnettes du gouvernement, qui permettent à un dirigeant raté et sans jugement de continuer à diriger Israël ».

(Sources : AFP, Arouts7, Cyberpresse, Guysen International News, Le Monde, Presse canadienne)

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mercredi 30 janvier 2008

Nicolas Sarkozy et la Société générale - président ou justicier ?

La France a-t-elle une justice ? Dans l’affaire de la Société générale, le président de la France, à l’instar de l’affaire de l’Arche de Zoé, s’improvise juge et multiplie les déclarations. Le président de la grande institution française, Daniel Bouton, annonce : « Le conseil d’administration m’a demandé de rester. Bien entendu, ma proposition de démission est sur la table, le conseil d’administration décidera de l’exercer quand il le veut ». Le président de la France ajoute : « Une crise comme celle-là «ne peut pas rester sans conséquences s’agissant des responsabilités», y compris au plus haut niveau », a déclaré hier Nicolas Sarkozy. « Je n’aime pas porter de jugement personnel sur les gens, surtout quand ils sont dans la difficulté, mais on est dans un système où, quand on a une forte rémunération qui est sans doute légitime, et qu’il y a un fort problème, on ne peut pas s’exonérer des responsabilités ». Qu’il le veuille ou non, Nicolas Sarkozy a, une fois de plus, stigmatisé un président d’entreprise français qui avait, pourtant, jusque là, fait l’objet d’une confiance renouvelée de son Conseil d’administration. Ce comportement du président de la République est franchement malsain. Parce que contrairement à ses précautions oratoires, le président a bel et bien stigmatisé Daniel Bouton, ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé, lorsque Sarkozy était ministre du Budget, entre 1986 et 1988. Le chef de l’État pousse l’outrecuidance jusqu’à plaider que l’État, n’étant pas actionnaire de la Société générale, il ne pouvait intervenir directement. Évitant les erreurs de son président, la ministre de l’Économie, madame Christine Lagarde, s’est dite « pas convaincue » qu’il faille « changer de capitaine » à la tête de la Société Générale. Selon celle-ci, il revenait « aux administrateurs » de décider du maintien ou non du PDG à son poste. La ministre a raison et son raisonnement se justifie pleinement et s’inscrit dans le respect des institutions de l’État.

Interrogé sur les propos de Nicolas Sarkozy, selon lesquels le PDG de la Société générale Daniel Bouton « ne peut pas s’exonérer de responsabilités », le président du groupe UMP, à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, a répondu que c’était au conseil d’administration de la banque d’apprécier. Et il a raison. Interrogé sur le sort du président de la Société Générale Daniel Bouton, le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, (UMP), a indiqué que son éventuel départ ne pourrait intervenir que lorsque « les responsabilités seront établies ». Et il a également raison. « La France a des intérêts à ce que ce groupe financier garde sa puissance, qu’il y ait une confiance qui demeure. Laissons l’instruction se dérouler, les responsabilités être établies, chaque chose en son temps », a-t-il aussi affirmé faisant valoir que « la panique en matière financière n’est jamais bonne ». Voilà ce qu’il aurait été convenable d’entendre de la part du président de la République.

Ce que n’a vraisemblablement pas compris la ministre de la Justice.

Rachida Dati, qui s’est rapidement alignée derrière les déclarations inopportunes de son président, saisit mal en quoi consiste son rôle de ministre de la justice. Elle en rajoute une couche, pour plaire en hauts lieux. Tout en affirmant ne pas avoir « à se prononcer sur la démission de Daniel Bouton », la ministre déclare : « il est président de la Société Générale, sa responsabilité peut être engagée ». Rachida Dati est cette ministre qui a mis en place un groupe de travail sur la dépénalisation du droit des affaires qui propose, notamment, un rallongement des délais de prescription.

« Une enquête parlementaire, non », a rectifié le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Didier Migaud, également socialiste, car « la justice est saisie, l’Autorité des marchés financiers (AMF) aussi, la Commission bancaire » également. Il a trois fois raison. Ce qu’ont feint d’ignorer Nicolas Sarkozy et Rachida Dati pour épater la galerie de la presse. « Plus on commente vite, moins on agit ensuite », a lancé, de son côté, le député UMP, Hervé Mariton (libéral). « Je constate qu’il y a beaucoup de commentaires politiques », a souligné le député. « Je ne suis pas sûr que ceux qui les font comprennent ce dont ils parlent ». Déclaration prudente et intelligente qui aurait dû inspirer le président UDF de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis, avant qu’il ne déclare que M. Bouton ne peut « pas faire autrement que partir ».

Les sondages sont en baisse pour Nicolas Sarkozy. Les personnes âgées ayant voté à droite commencent à se demander si le chef de l’État, aveuglé par ses nouvelles fonctions, n’a pas oublié de revaloriser les petites pensions, écrit Metro International. […] « Bling-Bling : les traders le sont aussi généralement, du moins ceux qui gagnent des centaines de millions d’euros, ceux qui achètent la voiture de sport dernier cri avec leur prime de Noël, ceux qui font ouvrir des bouteilles de vin à 10 000 dollars dans les restaurants de New-York. Non décidemment, qu’il soit présidentiel ou boursier, le « bling-bling » n’a plus la cote, conclut le quotidien ».

Pour 52% des Français, l’action du président de la République va « plutôt dans le mauvais sens », contre 44% en décembre, selon le baromètre mensuel CSA que publiait vendredi l’hebdomadaire « Valeurs actuelles ». A l’inverse, 37% des personnes interrogées considèrent que l’action de M. Sarkozy va « plutôt dans le bon sens », soit un recul de sept points par rapport au baromètre de décembre, et de 13 par rapport à celui de novembre. Parallèlement, 49% des personnes consultées jugent positive l’action de François Fillon, soit un gain de deux points en un mois. Trente-trois pour cent (-4) se déclarent en revanche insatisfaits.

Jean-Louis Andreani, du quotidien Le Monde, écrit : « Il est rare qu’un président en début de premier mandat soit moins populaire que son premier ministre (le même baromètre IFOP l’a enregistré deux fois, en 1981 pour le couple Mitterrand-Mauroy et en 1995 pour le tandem Chirac-Juppé). Mais il est unique que cette inversion des cotes résulte, sept mois après l’élection, du croisement des courbes de popularité entre un premier ministre en hausse, certes d’un seul point, et un président en baisse ». S’agissant de Nicolas Sarkozy, Andreani poursuit son analyse en constatant que : « son usure rapide était prévisible : elle est le fruit de son extrême exposition. En choisissant de se mettre sur le devant de la scène, y compris pour les actes qui relèvent de la gestion gouvernementale au quotidien, M. Sarkozy a rendu inopérante la règle du “fusible”. Les effets négatifs de cette stratégie ont été accentués par des choix du président, qui a décidé de tout jouer sur son image personnelle avant… d’abîmer celle-ci, par rapport à celle qu’il avait réussi à construire pendant la campagne ».

Et les déclarations intempestives, irréfléchies et inconséquentes du président, dans le domaine de la justice, n’améliorent guère la situation. Selon le site Capital.fr, avec ces rumeurs de départ de Daniel Bouton - qui a toujours lutté pour l’indépendance de la banque - le marché spécule sur un changement dans la stratégie de la banque. Cette affaire a fortement affaibli la Société Générale (GLE), qui ne pèse plus que 34 milliards d’euros en Bourse, presque 2 fois moins que BNP Paribas (BNP) (60 milliards d’euros). Du coup, de nombreux scénarios sont évoqués comme le rachat, le rapprochement et même le démantèlement de la banque. Monsieur Sarkozy pourrait s’interroger sur le rôle que lui-même a joué dans cet affaiblissement de la Société générale.

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mardi 29 janvier 2008

« Il y a des Noirs et des Blancs, des Latinos, des Asiatiques et des Indiens ». Il y a Barack Obama!

« Il y a des jeunes et des anciens, des riches et des pauvres. Il y a des Noirs et des Blancs, des Latinos, des Asiatiques et des Indiens. […] Il n’y a pas une Amérique de gauche et une Amérique conservatrice, il y a les États-Unis d’Amérique ». Et il y a Barack Obama. Le candidat démocrate n’est pas seulement le candidat de la minorité noire mais de tous les Américains. Il se déclare comme tel. En rappel, Barack Obama a, en Caroline du sud, obtenu 55% des suffrages, devançant très largement Hillary Clinton (27%) et le troisième prétendant John Edwards (18%). Si sa victoire était attendue dans cet État, l’écart qu’il a creusé avec Hillary Clinton dépasse largement toutes les prévisions.

Il semblerait que les Clinton souhaiteraient susciter une impression de vote racial en faveur d’Obama afin de déclencher un rejet chez la majorité blanche qui s’exprimera le 5 février lors du Super Tuesday. Pour Bill Clinton, l’adversaire de son épouse est un « candidat noir ». En tant que tel, sa victoire est donc, selon Bill Clinton, similaire aux deux victoires du bouillant leader noir, Jesse Jackson, dans ce même État en 1984 et 1988. Jackson avait échoué à l’investiture. Des éditorialistes s’interrogent sur les dérives « indignes de cet ancien président ». Interrogée sur la chaîne CBS, à des propos de ces dérives de son mari, à l’encontre d’Obama, et de leurs possibles conséquences, Hillary Clinton a reconnu que son mari Bill « s’était un peu emporté ». « Mais cela arrive dans une élection très disputée », a-t-elle fait valoir.

Caroline Kennedy souhaite, dans le New York Times, un président à l’image de son père : « Je n’ai jamais eu un président qui m’a inspiré de la façon dont les gens m’ont dit que mon père les avait inspiré. Mais pour la première fois, je pense avoir trouvé l’homme qui pourrait être ce président - pas seulement pour moi mais pour une nouvelle génération d’Américains ». Tout en poursuivant : « I want a president who understands that his responsibility is to articulate a vision and encourage others to achieve it; who holds himself, and those around him, to the highest ethical standards; who appeals to the hopes of those who still believe in the American Dream, and those around the world who still believe in the American ideal; and who can lift our spirits, and make us believe again that our country needs every one of us to get involved ».

Barrack, le rassembleur! C’est ainsi qu’il veut être perçu. Après huit ans de présidence Bush et de batailles idéologiques stériles ou de guerres injustifiées, Barack Obama déclare que les Américains ont besoin qu’on leur parle de coalition et qu’on les berce de changement. Ce gamin représente à lui seul le rêve de l’Amérique. Il a gravi un à un les échelons de la société américaine pour se hisser jusqu’à la candidature à la présidence. Et comme l’écrit Isabelle Duriez, de Libération : « Obama peut remercier Bush dans ses prières. Sans lui, l’Amérique ne chercherait pas un réconciliateur, voir même un rédempteur. Un homme capable de rassembler les hommes et les femmes (un tiers des électrices ont voté pour lui et non pour elle), les Noirs et les Blancs, les bleus (démocrates) et les rouges (républicains)… Un homme qui pardonne le pêcher originel de l’esclave et qui tend à l’Amérique un miroir dans lequel elle se trouve belle, multiraciale et efficace. Un homme qui soignera la plaie béante de la guerre en Irak et restaurera l’image de l’Amérique dans le monde. Le danger, quand on incarne un tel espoir, est de décevoir ».

Après Caroline Kennedy, la fille de John F., Barack Obama est adoubé à un autre Kenney, représentant d’une autre grande « dynastie » démocrate, le vétéran sénateur Edward Kennedy, qui explique sur son blogue les raisons de cet appui. La présence des Kennedy ne suffira peut-être pas à le propulser en tête de liste du « Super Mardi ». Selon la presse américaine, M. Kennedy a basculé dans le camp Obama après avoir été ulcéré par le ton de la campagne, et particulièrement les attaques de Bill Clinton, accusé par certains d’avoir introduit le facteur racial dans le débat, comme nous l’avons déjà mentionné ci-haut. Selon le New York Times, M. Kennedy et Bill Clinton auraient eu récemment un vif échange téléphonique. Qu’à cela ne tienne, le clan Kennedy, qui conserve depuis des années une importante influence sur la vie politique américaine, est divisé sur l’investiture démocrate. La fille du sénateur Robert F. Kennedy, Kathleen Kennedy Townsend, donne son appui à la sénatrice démocrate, Hillary Clinton, qui « serait le meilleur choix possible pour la présidence ».

Au cours de ce scrutin capital, du 5 février, le « Super Tuesday », où des scrutins sont organisés dans 22 des 50 États, les hispanophones de la Californie représenteront un électeur sur quatre et joueront un rôle déterminant dans le choix du candidat démocrate. Hillary Clinton jouit d’une confortable avance de trois contre un face à Barack Obama, selon un récent sondage réalisé par l’Institut de politique publique de Californie. Ce vote hispanophone n’est pas uniforme. Les jeunes pourraient être plus attirés par le renouveau, incarné par Barack Obama, alors que les plus âgés préfèreront l’expérience d’Hillary Clinton, selon les analystes.

Les femmes, dans l’électorat américain, sont l’objet d’une cour assidue de la part des deux candidats démocrates. Elles ont joué un rôle clé dans les deux premières étapes de la course à l’investiture démocrate. Selon les sondages, toutefois, Hillary Clinton serait en tête des intentions de vote chez les femmes. La stratégie, que met de l’avant Barack Obama pour gagner le vote des femmes, est de s’assurer qu’elles connaissent bien son bilan sur des questions importantes pour elles. « Pas seulement l’égalité des droits et de salaire ou des questions comme la garde des enfants et l’éducation des jeunes enfants, mais aussi les opportunités (économiques) qui sont à bien des égards inégales », se plaît-il à souligner. Hillary Clinton, pour sa part, leur adresse le message suivant : « J’ai trouvé ma voix en vous écoutant et je vais porter votre voix à la Maison Blanche », explique sa conseillère, Ann Lewis. « Elle est le genre de leader qu’elles désirent : quelqu’un qui les entend et parle pour elles ».

Autant Hillary Clinton doit montrer qu’elle a l’étoffe d’une présidente, autant Obama doit se défendre contre des préjugés tenaces. Hillary doit se défendre contre la présence lourde et omniprésente de Bill, son mari, et du rôle que ce dernier jouerait au sein de la Maison Blanche. Cette polémique sur le rôle de Bill n’est pas anodine : certains adversaires d’Hillary Clinton, tous camps confondus, la raillent en la surnommant « Billary ». Il est vrai que l’ancien locataire de la Maison-Blanche fait activement campagne en faveur de son épouse, comme il l’a si bien démontré en Caroline du Sud.

Barack Obama est souvent vu et calomnié comme « un infiltré des islamistes radicaux qui veulent prendre le contrôle des États Unis ». Certains commentateurs n’hésitent pas à lui prêter des intentions plutôt machiavéliques : « Comme il est plus convenant d’être un chrétien lorsqu’on recherche un poste d’élu politique aux États Unis, Obama a adhéré à l’Église Unie du Christ pour bien camoufler le fait qu’il est toujours musulman », pouvait-on lire dans certains courriels diffusés en chaîne. De pareilles dérives étant inévitables, il n’est pas surprenant d’entendre des voix s’élever pour jurer que « si Obama est élu, il prêtera serment sur le Coran » et non la Bible, comme c’est la tradition aux États Unis. Il faut savoir qu’il y a environ six millions de musulmans aux États Unis. Et selon les experts, un musulman n’a presque pas de chance d’être élu à la Maison Blanche.

Avant les primaires démocrates en Caroline du Sud, qui ont donné la victoire à Barack Obama, il est intéressant de noter ce qu’en disait le South Carolina’s State qui a donné son appui au candidat noir : « Le sénateur Barack Obama nous apparaît comme le meilleur choix pour les primaires démocrates […] Monsieur Obama serait également le seul candidat capable de restaurer l’image des États-Unis à l’étranger, notamment en fermant la prison de Guantanamo qui a endommagé les valeurs morales des États-Unis ». Et pourquoi Barack Obama, au lieu d’Hillary Clinton? Voici la réponse du quotidien : « Mme Clinton a démontré qu’elle était intelligente et dotée d’une profonde compréhension de beaucoup de problèmes », écrit le quotidien avant d’ajouter « mais nous imaginons bien ce que serait une présidence Clinton ». « Le retour des Clinton à la Maison-Blanche relancerait une nouvelle vague de polémiques politiciennes. Ce ne serait pas la faute de Bill et Hillary, mais c’est ainsi ».

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lundi 28 janvier 2008

François Bayrou - Présidentiable ? Oui. Futur président ? Non!

L’homme paraît sympathique. Cela étant dit, il convient de ne pas généraliser. François Bayrou n’a pas, non plus, la réputation de plaire à tout le monde. Mission impossible. Il se présente comme résistant. Il invoque la mémoire du Général de Gaulle. Les Françaises et les Français le voient tout de même comme présidentiable mais ne croient pas qu’il sera, un jour, président. Ses ennemis le qualifient de narcissique. Quel homme ce Bayrou ! Il entretient des rapports étranges avec son électorat.

Il n’a jamais cédé aux sirènes du sarkozysme. À telle enseigne qu’il est vu comme un adversaire. Serait-il de la trempe des incorruptibles? Bayrou se présente à la mairie de Pau (Pyrénées-Atlantiques)? Sarkozy se pointe sur les lieux pour annoncer qu’il ne se mêlera plus des municipales des 9 et 16 mars prochains : « Je ne veux pas me mêler du détail des municipales dans chacune des villes de France, ce n’est pas mon travail », déclarait, à Pau, Nicolas Sarkozy le mardi 22 janvier dernier. Un si lourd déplacement pour une si courte déclaration! Cette visite du président de la République a été vue, pourtant, comme une ultime tentative d’isoler le candidat béarnais Bayrou. Et le ridicule a été atteint. « Il y avait trois avions, un pour les journalistes et deux Falcon 900, je ne sais combien de voitures, des forces de police dans tout Pau, douze motards en grand uniforme devant la voiture officielle, tout ça pour venir soutenir Yves Urieta, le maire-sortant ex-PS », s’est exclamé, après coup, François Bayrou devant quelques journalistes. N’eut été de la déclaration présidentielle, aurait-on pu imaginer un déploiement similaire dans les 36.000 communes qui vont élire un maire au début du mois de mars prochain? Question ironique à une déclaration ironique.

Pour ajouter à cette mascarade, Nicolas Sarkozy ne s’est finalement pas rendu à la mairie de Pau pour rencontrer M. Urieta, comme cela avait été initialement annoncé. Au grand désarroi de la population locale qui avait décoré dignement la Place. Le 8 janvier dernier, Nicolas Sarkozy n’avait-il pas rassuré le peuple de France qu’il « s’engagerait » dans ce scrutin? « Je m’engagerai, parce que le concept même d’élection dépolitisée est absurde. Je m’engagerai, à la place qui est celle du président de la République, je peux dire que le Premier ministre s’engagera, à la place qui est celle du Premier ministre, comme les ministres, pour mobiliser notre électorat », avait-il déclaré lors de sa conférence de presse de rentrée, devant 700 journalistes. Imaginons un instant Georges W. Bush, à bord de son Air force One, se rendre à Tucson, en Arizona, pour appuyer un candidat républicain local? Des deux côtés de l’Atlantique, des clameurs auraient franchi le mur du son.

Entre paranthèse, ce retrait annoncé du président, des municipales, n’a pas eu pour conséquence de nuire au candidat Schosteck (UMP) qui est arrivé, dimanche, en tête du 1er tour de la législative partielle des Hauts-de-Seine, avec 44,59% des suffrages exprimés. Le candidat socialiste, Philippe Kaltenbach, est arrivé deuxième (37,41%) et le candidat du MoDem en 3e position, totalise 7,2% des voix.

Selon un récent sondage, réalisé pour le Journal du dimanche, Ségolène Royal et François Bayrou apparaissent comme les opposants les plus crédibles à Nicolas Sarkozy, mais 63% des Français ne pensent pas que le président du MoDem puisse être élu président de la République. Ségolène Royal arrive en tête avec 28% des Français qui la considèrent comme le candidate la plus crédible devant Français Bayrou (25%), le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë (18%) et le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) Olivier Besancenot (14%). Le défaitisme est au rendez-vous : 13% des personnes interrogées ne voient en aucune de ces personnalités un opposant crédible au président.

Qu’à cela ne tienne. François Bayrou maintient le cap. Il développe l’art de la formule pour dénoncer son et ses adversaires. « La politique du tournis, pour nous, c’est le contraire d’une vraie politique de réforme », déclarait-il début janvier. Et encore : « On a une impression d’improvisation, d’influences contradictoires, de foucades, toujours assénées sur le même ton volontariste. Mais où est la logique, où est la cohérence, où est la préparation, où est la négociation préalable? » Sur le travail et sur le pouvoir d’achat, François Bayrou a son opinion et il l’exprime : « J’imagine que si l’on supprime les 35 heures, c’est pour allonger la durée du travail. Et donc on va remplacer des heures supplémentaires, payées 25% de plus, non chargées et non imposées, par des heures normales, payées 25 % de moins, chargées et imposées ».

Rien ne résiste à François Bayrou. Il n’a pas hésité à comparer la conception de la religion du président français à celle de son homologue américain, George Bush. « C’est le retour que l’on croyait impossible en France du mélange des genres entre l’État et la religion. […] Nicolas Sarkozy affiche chaque fois qu’il le peut sa complaisance avec le matérialisme financier et, en même temps, souhaite faire de la religion une autorité dans l’espace public. […] Cela s’est déjà produit dans l’histoire. Aujourd’hui par exemple, chez Bush ».

Au lendemain de la signature d’un accord, sur l’installation d’une base militaire stratégique française aux Émirats arabes unis, François Bayrou rebondit en déclarant : « L’annonce par le président de la République, sans aucune réflexion publique préalable, sans information du Parlement, que la France allait ouvrir une base militaire interarmes sur les rives du détroit d’Ormuz, constitue un changement très grave de la doctrine et de l’attitude de la France dans cette région. La nature même de cette région, les risques qui sont encourus mettent la France en situation d’être entraînée malgré elle dans un conflit ou dans une succession de tensions très dangereuses », avertit François Bayrou qui voit dans cette initiative la volonté d’intégrer la France dans les concepts géostratégiques américains.

S’il distribue des coups de bâton, François Bayrou en reçoit également. Plusieurs lui reprochent, en se présentant à Pau, de ne pas avoir rejeté le cumul des mandats : il invoque le fait que ses adversaires n’y ont pas, eux-mêmes, renoncé. Cette position de faiblesse pourrait le desservir fort mal. Ses adversaires politiques le jugent sévèrement : « François Bayrou a le génie pour faire le vide autour de lui et que tous ceux qui ont collaboré depuis de longues années à son projet sont partis les uns après les autres », déclarait à son encontre le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian. Le ministre de la Défense, Hervé Morin, le président du Nouveau Centre, déclarait au début du mois de décembre, qu’il voyait dans le nouveau Mouvement démocrate (MoDem) de François Bayrou un « radeau de la Méduse », symbole de la « dérive personnelle totale » du dirigeant centriste.

Là où le bât blesse, c’est lorsque les critiques viennent de l’intérieur. Emmanuelle Caminade est institutrice avec une formation juridique. Elle déclare avoir adhéré, pour la première fois, à un parti suite à la campagne présidentielle de François Bayrou. Elle semble déçue. Elle écrit, sur son blogue – France démocrate – : « Force est de constater que la construction de ce nouveau parti n’a rien d’exemplaire ». Elle donne en exemple le déroulement du Congrès fondateur : « Les premiers signes de dérapage apparaissent lors du Congrès fondateur. Ce dernier voit le candidat à la présidence de ce parti diriger lui-même les débats sur l’adoption de ses statuts. A cette occasion, nombre de nouveaux adhérents venant de recevoir la carte qui leur “permettrait de voter à distance” découvrent avec stupeur qu’ils sont exclus du vote ».

Madame Caminade en vient à poser deux questions au chef fondateur du Modem : « Monsieur Bayrou, les adhérents qui se sont engagés derrière vous sont en droit de vous poser deux questions :

  • votre but est-il toujours d’entrer dans l’ère d’une authentique démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs?
  • le but principal du Mouvement Démocrate est-il toujours la promotion d’une génération politique nouvelle?

Ces questions seront-elles suivies de réponses du principal intéressé? Nul ne sait. Si François Bayrou s’inquiète de la concentration des pouvoirs entre les mains du président, et dénonce un régime « monarchique », s’il déplore cette « dérive de la Ve République », il doit être le premier à prêcher par l’exemple au sein de son propre parti, le Modem. L’homme, pour sympathique qu’il puisse être, doit regagner la confiance des Français qui le voit présidentiable mais non président. Tout un dilemme. Toute une côte à remonter.

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dimanche 27 janvier 2008

« Qui veut se connaître, qu’il ouvre un livre » - Jean Paulhan

Je ne suis pas un critique littéraire. Je n’ai pas, dans la rareté de mes talents, cette belle culture des livres d’un Pierre Assouline, dans la République des livres. Mes lectures sont éclectiques. La curiosité est ce qui me guide le plus souvent dans mes choix. Que ce soit en musique ou en littérature, une lecture rapide, furtive, improvisée est parfois suffisante pour me donner envie de posséder la « divine chose ». Dès la prise en main de l’œuvre, je réalise avec bonheur le ravissement qu’elle va me procurer, ou avec horreur, la déception incommensurable que je vais ressentir. Il y a une grande part de hasard que je ne dédaigne pas.

Trois livres reposent sur ma tête de chevet. Un premier vient du Québec : la biographie de Pierre Bourgault, homme politique québécois, signé Jean-François Nadeau (Édition Lux, 2007). Ce livre permet de revivre un pan entier de l’histoire du Québec, sa révolution tranquille et son éveil au monde. Parcourir ce livre, c’est un ravissement car plein de réminiscences pour un lecteur qui a traversé les mêmes âges et les mêmes courants. Les deux autres livres viennent de France. De Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck (Édition Stock, 2007). J’avais le goût de lire ce bouquin pour la raison que l’auteur est venu au Québec, que c’est un livre qui a raté de peu le Goncourt, que les critiques au Québec en ont fait l’éloge, et que son approche mystérieuse, presque mystique, avait tout pour me séduire. « Il nous faut aussi apprendre non pas à oublier le passé, mais à le vaincre, en le reléguant pour toujours loin de nous, et en faisant en sorte qu’il ne déborde pas dans notre présent, et encore moins dans notre avenir ».

Le dernier livre, dont je voudrais parler ici, est Charlémoi, de Christine Jeanney (Éditions ArHsens, 2007). Il n’est pas vendu au Québec. C’est dire que je l’ai commandé directement de la maison d’édition (vive l’Internet !). Je n’ai su, au point de départ, que peu de choses de ce livre, avant de le commander. Ma curiosité (toujours cette curiosité) est venue du fait que l’auteure, Christine Jeanney, est également auteure d’un blogue parmi les meilleurs que j’ai pu parcourir depuis ma propre intrusion dans la blogosphère : Le blog de Posuto. J’ai terminé la lecture de ce livre.

Je vous ai indiqué, dès le point de départ, n’être pas un critique littéraire. J’ai parcouru ce roman par petites doses. Par chapitres. Je suis entré par progression dans la vie d’Édouard Prince. Ne vous attendez pas à ce que je vous dévoile toute la trame de ce roman. Personnellement, j’abhorre qu’un lecteur me dévoile le contenu d’un roman au point où, au moment où il me tombe dans les mains, toute la magie de la découverte s’est estompée. Les chapitres sont brefs. Finement ciselés. Détails superflus, exclus ! Sa lecture pourrait se faire en deux heures ou en quelques jours, le temps de réfléchir sur chacun des chapitres. La forme narrative n’a en rien interrompu le rythme des phrases, les dialogues, l’humour, les tons graves. Ce livre introspectif a su trouver une facture qui n’a, à aucun moment, distillé un certain ennui ou une lassitude.

« J’ai bien travaillé, j’ai bien dormi, du coup j’ai bien mangé. Je suis rempli de vie aujourd’hui. C’est ce qui s’appelle une phase de rémission. Je prends. Si j’osais, je ne prendrais que les phases de rémission, un tri pas possible. Tous les canards de l’hémisphère nord peuvent se tailler au sud et les brochets manger du veau cru en tranche, peu me chaut. Je suis beaucoup plus vivant depuis que j’ai écrit la mort de Charles. Ma mère l’avait appelé Charles en hommage à Baudelaire, le pilote d’avion. Et il était monozygote, comme moi ».

Vous l’aurez compris. Le roman est écrit à la première personne du singulier. En forme de monologue, peu ennuyeux, l’auteur nous fait pénétrer lentement dans le monde d’Édouard et de son « moi ». Attention, ce « moi » n’est peut-être pas celui auquel vous vous attendez. J’apprécie le fait que la vie d’Edouard est scandée par des choix musicaux : « Quand j’écris, j’aime bien Mozart et Brahms. Et pour manger ou pour dormir, j’écoute la radio. Je ne supporte pas le silence ». Dans ce roman, j’ai retrouvé le ton léger de certaines œuvres de Mozart et le côté sombre et lourd de Brahms. Et rien n’appartient à un passé obsolète. La radio fait le rappel des rythmes modernes qui animent toute une jeunesse.

Edouard résume dans cette phrase un peu sa vie : « Dans quelques librairies – je le sais, je les ai toutes écumées – je trouve mes livres pour enfants, et en prime les deux polars anglais dont je suis le traducteur officiel ; c’est mon nom écrit sous celui de l’auteur, moi, l’auteur des sous-titres de l’inspecteur John Benneth, La Vasque rouge et Autour de la tulipe jaune ». Écrivain pour enfants, il est aussi traducteur de livres. Sa vie, tel un bateau au milieu de l’océan, tangue tantôt vers l’optimisme, tantôt vers le pessimisme. Tantôt vers le refus de la vie. Tantôt vers une acceptation. Son drame : il n’a pas, encore, à ses yeux, écrit l’Œuvre de sa vie. Edouard n’est pas unique. Le drame de l’écrivain. Le drame d’une vie. Et qui est, au fait, Charles ? Charles et moi ? Et pourtant. Et pourtant, ce roman n’a rien d’un roman noir, glauque, lugubre. La lumière en traverse chacune des phrases. L’humour est présent. L’émotion, également. Surtout, l’émotion.

« Et puis écrire. J’ai perdu d’avance. Tous les mots sont usés par tout le monde. Ils sont comme des perles que d’autres enfilent en rivières rutilantes, en parures, en diadèmes; mon collier est minable, pas de fermoir qui tienne et des perlouzes tachées, disparates et mal assorties du verre, dépoli à la hâte. […] Alors ma parade, c’est le refus. Je ne suis pas unique et je n’écris que pour moi, je refuse la compétition avec mes contemporains et les contemporains de mes chers disparus, tous ces auteurs que j’aime, que j’ai aimés, que j’aimerai. Je refuse ce concours du plus beau château de sable. J’écris comme lui ? Tant pis. Ce sont ses phrases ? Pas grave, je n’écris que pour moi. Je ramène le sable sous mes fesses, je creuse une douve, c’est bon, la marée ne montera pas avant… avant un moment ».

En quelques phrases, j’ai tenté de cerner le personnage central de Charlémoi. Sans trop en dévoiler le détail, mais suffisamment pour distiller chez le lecteur futur la même curiosité qui m’a fait prendre une bonne décision. Et puis pourquoi ne pas conclure par cette remarque savoureuse de l’auteure, Christine Jeanney : « Au fond, j’aime les livres. Même les récalcitrants, ceux qui me font faire machine arrière […] J’aime les livres respectables, leurs torses bombés, par un s qui manque, le subjonctif où il se doit … Travail d’orfèvre. Un livre d’Artisan d’Art qui se sert d’outils ancestraux dont j’ignore jusqu’à l’existence du nom ». Christine Jeanney aime les mots. Nous aussi. Christine Jeanney aime les livres. Nous aussi.

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samedi 26 janvier 2008

« Dieu hait les tapettes. - Heath Ledger est en enfer pour expier ses fautes ».

« Dieu hait les tapettes ! » (God hates fags). C’est le message, rappelle le réseau FoxNews, qu’a lancé Shirley Phelps-Roper, de l’église baptiste de Westboro, de Topeka au Kansas. Et c’est à l’encontre de Heath Ledger, comédien australien mort à 28 ans, que cette remarque a été formulée pour son rôle qu’il a joué dans le film Le secret de Brokeback Mountain. « Vous ne pouvez pas vivre en défiant Dieu », a expliqué Shirley Phelps-Roper qui s’oppose par ailleurs à un service funéraire à la mémoire du comédien disparu. « Cet homme, par son rôle », a déclaré Phelps-Roper, « a diffusé un message clair et bien en vue sur le grand écran : Dieu est un menteur et c’est tout à fait correct de mener une vie de gay ». Shirley Phelps-Roper constate que maintenant : « Heath Ledger est en enfer pour commencer à expier ses fautes », déclare cette église baptiste, la Westboro Baptist Church.

L’organisation veut s’inviter aux funérailles de l’acteur Heath Ledger : « Heath Ledger pensait que c’était très amusant de défier Dieu Tout-Puissant et Sa parole divine, à savoir : Dieu hait les tapettes ! Et ceux qui les soutiennent ! Dieu hait le sordide seau de vomi appelé « Brokeback Mountain » et Il hait toutes les personnes ayant quelque chose à voir avec. Heath Ledger est maintenant en Enfer, et a commencé à purger son éternelle sentence là-bas… ».

Comme l’indique un blogue sur le Courrier international : « Cette secte protestante est dirigée au Kansas par Fred W. Phelps, l’ignominie est telle qu’ils perturbent aussi les funérailles de personnes victimes de crimes homophobes. Leur action serait pénalement répréhensible en France et serait susceptible d’une mise en examen pour apologie de crimes ». Et c’est cette même église qui incite ses fidèles à quitter le Canada car : « Dieu hait le Canada ». Le message est clair, net et précis : « Fags have a 3 point agenda: 1) decriminalize sodomy, 2) add fags to the protected classes as victims like blacks, and 3) criminalize Gospel preaching against fags. Canada’s doom is now irreversible! On April 28, 2004, Canada hoisted a filthy fag finger in the Face of God by passing a law making any criticism of homosexuals a crime punishable by fines and imprisonment. The churches and preachers of Canada tried massive last-minute lobbying and protests on Parliament Hill to defeat the bill — too little, too late! ».

Il convient d’ouvrir une paranthèse pour montrer que Head Ledger a quelque peu des difficultés à quitter paisiblement cette terre d’Amérique aux innombrables dérives.

Si la chose vous intéresse, rendez-vous lire les dérives de l’animateur indécrottable de Fox News, John Gibson qui a eu l’heureuse idée de diffuser un commentaire sulfureux sur l’acteur australien en présentant une musique funèbre. Il a qualifié Heath Ledger de « weirdo » qui a un « sérieux problème de drogue ». Comme l’indique Huffington Post : « Making fun of the famous “I wish I knew how to quit you” line from “Brokeback Mountain », le commentateur Gibson a ajouté : « Well, he found out how to quit you ». Pour en connaître plus sur la mort de Heath Ledger, il convient de lire Slate, plus respectueux.

Pour revenir à la Westboro Baptist Church, et pour vous convaincre que tout cela est encore possible en Amérique, il faut voir cette vidéo du fondateur de cette église, Fred W. Phelps ou cette autre vidéo.

Video


Comment peut être menée une entrevue avec ce même fondateur, Fred W. Phelps ? Un animateur de CNN en a fait la douloureuse expérience, comme le montre bien cette vidéo. Je vous invite à la même patience.

Video

vendredi 25 janvier 2008

Canada - « Je vais m’occuper de Stephen Harper. J’en fais une affaire personnelle » (Gilles Duceppe)

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, est prêt. Avec 64 candidats qui seraient actuellement désignés et 2,4 millions $ déjà dans les coffres des organisations de comté, le chef du Bloc entreprendra, en 2008, sa cinquième campagne électorale à la tête de sa formation politique. Les bloquistes croient fermement que 2008 sera une année électorale. « Vous regarderez tous les sondages, encore hier, le Bloc était à 44 %, avant-hier à 43 %, et les conservateurs autour de 20. Ça fait que la vague de sympathie est plutôt atténuée parce que les gens commencent à comprendre qui est Stephen Harper », a lancé le chef souverainiste dans le Bas-Saint-Laurent. En janvier 2006, sept circonscriptions de la région de Québec étaient passées aux mains des conservateurs. Le Bloc en avait conservé une seule.

Gilles Duceppe est en tournée préélectorale. Il galvanise ses troupes et fourbit ses armes. Lors de son passage, plus tard, à Saguenay, les travailleurs de l’industrie forestière ont conspué Stephen Harper pour s’être montré chiche envers leur secteur en crise. Ils ont dénoncé, en compagnie du chef du Bloc québécois, l’insuffisance de l’aide de 1 milliard $ annoncée la semaine dernière par le gouvernement conservateur.

Mais pourquoi pareille hâte ? Le chef du Bloc québécois n’en doute plus : les Canadiens pourraient être appelés aux urnes d’ici un mois. Et la raison en est fort simple : il anticipe un vote à la Chambre des communes, au cours des prochaines semaines, sur le plan annoncé par Stephen Harper destiné à aider les industries forestières et manufacturières. Plan dont l’adoption est conditionnelle à l’adoption du prochain budget conservateur. Mais voilà. Le gouvernement conservateur pourrait ne pas survivre au dépôt de son prochain budget. La formation de Gilles Duceppe n’en décidera pas seule. Monsieur Duceppe devra rechercher impérativement l’appui de libéraux et du NPD pour défaire le gouvernement conservateur minoritaire. La question se pose : ces deux partis d’opposition montreront-ils la même ardeur à défendre les milliers de travailleurs des secteurs forestiers et manufacturiers au chômage ?

L’octroi d’un milliard de dollars, sur trois ans, pour aider ces secteurs, ne sera réellement versé que si le Parlement adopte le prochain budget conservateur. Par les faits mêmes, Stephen Harper se donnerait une année supplémentaire de gouvernement au mépris de la situation catastrophique de l’industrie forestière. « Stephen Harper, plutôt que de se préoccuper de personnes qui ont perdu leur emploi, veut faire de la politique sur le dos de ceux et celles qui ont perdu leur emploi pour protéger sa job. C’est inacceptable », a commenté Gilles Duceppe dans le Bas-Saint- Laurent. « Il y a 922 millions $ en baisses d’impôt pour les pétrolières. On voit où sont les priorités du premier ministre », a lancé monsieur Duceppe.

Même le premier ministre du Québec, Jean Charest, a vu cette aide comme une forme de « chantage politique ». « Non seulement les mesures d’aide aux secteurs forestier et manufacturier arrivent trop tard et sont nettement insuffisantes, mais elles sont inéquitables pour le Québec, puisqu’elles ne tiennent pas compte de l’importance des activités manufacturières et forestières au Québec et des impacts que la crise y a entraînés. Depuis le début de 2007, le Québec a ainsi perdu 50 000 emplois en raison de la crise. C’est la majorité des emplois perdus au Canada », a dénoncé Gilles Duceppe à Saguenay.

Le Bloc québécois exige « un changement de cap majeur » et 15,3 milliards $ de nouvelles dépenses fédérales en échange de son soutien au gouvernement conservateur minoritaire. Ce qu’on lui demande, c’est de passer du militaire à l’humanitaire non seulement à l’étranger, mais aussi au Canada, a insisté le chef, Gilles Duceppe. « En deux jours, le gouvernement fédéral est capable de dépenser 17 milliards $ pour des équipements militaires », a répondu le député de la circonscription Richmond-Arthabaska, André Bellavance, à qui la question a été posée.

La stratégie du chef du Bloc québécois se veut simple et directe : « mettre en lumière le bilan des conservateurs et, certes, en débattre avec eux dans les différentes circonscriptions ». Gilles Duceppe est déterminé à empêcher les conservateurs de former un gouvernement majoritaire, advenant la tenue d’élections au printemps. C’est pourquoi il choisit de ne s’attaquer qu’aux conservateurs. Tirer à boulets rouges sur Stephen Harper et fustiger le bilan de son gouvernement composeront l’essentiel de la stratégie bloquiste. Et monsieur Duceppe en est convaincu : « Force est de constater, à ce moment-ci tout au moins, que la bataille se passe entre les conservateurs et nous ». D’après le député bloquiste et organisateur électoral en chef, Mario Laframboise, les comités électoraux sont composés à 80 %. « Nous avons assez d’argent pour nous battre à armes égales avec les conservateurs… s’ils ne trichent pas! », a déclaré monsieur Laframboise, en allusion au fait que, selon Élections Canada, une soixantaine de candidats du Parti conservateur avaient enfreint de façon concertée les règles de financement lors de la dernière campagne électorale.

Tout en énumérant ce qu’il considère comme des promesses non tenues de l’actuel gouvernement envers la population du Québec, le chef du Bloc québécois en profite pour écorcher les ministres conservateurs du Québec : « Les conservateurs promettaient des ministres du Québec pour défendre nos intérêts. Deux ans plus tard, nous sommes obligés de constater que les ministres du Québec se sont écrasés les uns après les autres ». Il affirme, de plus, que le gouvernement Harper a trahi tant les personnes âgées que les femmes, les jeunes et les travailleurs.

« Le discours du Trône et la mise à jour économique des conservateurs ont ignoré la majorité des priorités identifiées par le Bloc Québécois, à savoir des mesures d’aide aux secteurs forestier et manufacturier qui correspondent aux besoins des travailleurs et des entreprises, la pleine rétroactivité du Supplément de revenu garanti pour les aînés, l’élimination du pouvoir fédéral de dépenser dans les compétences exclusives du Québec, une stratégie de lutte aux changements climatiques qui soit à la fois efficace et respectueuse des efforts investis au Québec, ainsi que le retrait d’Afghanistan d’ici février 2009 », a repris Gilles Duceppe. Le chef bloquiste prend un engagement : « Moi, je vais m’occuper de Stephen Harper. J’en fais une affaire personnelle. Ça va être la bataille la plus importante que nous aurons menée depuis longtemps ».

Dans sa tournée préélectorale, le Bloc québécois entreprend une vaste « consultation prébudgétaire », en vue de cerner les préoccupations des Québécois. « Le Bloc veut entendre les Québécois. Doit-on offrir une aide suffisante aux secteurs forestier et manufacturier présentement en crise ? Aider davantage les personnes âgées, les chômeurs et les travailleurs à traverser les situations précaires ? Poursuivre la lutte à l’élimination du déséquilibre fiscal, notamment par l’élimination du pouvoir fédéral de dépenser ? Faut-il que le gouvernement fédéral s’engage vraiment à lutter contre les changements climatiques ? Voilà des questions qui méritent réflexion et qui seront l’objet de discussions », a repris, dans Lanaudière, Gilles Duceppe.

Lors de son passage à Montréal, Gilles Duceppe a annoncé qu’il fera connaître ses demandes - en prévision du budget - à la fin du mois. « On se prépare, il faut être responsable. C’est possible qu’une campagne électorale soit déclenchée à la mi-février. Nous serons prêts », a-t-il réitéré. Dès la rentrée parlementaire, le Bloc va exiger un vote des communes sur les mesures fédérales, dans l’espoir de forcer Ottawa à revoir sa mise à la hausse. La formation souverainiste exige qu’Ottawa quadruple son enveloppe d’aide, la faisant passer de 1 milliard $ à 4,5 milliards $ pour l’ensemble du Canada (1,265 milliard $ pour le Québec).

Catherine Handfield, de La Presse, rappelle qu’un sondage, publié à la fin de décembre, montrait un recul pour les conservateurs dans les intentions de vote des Québécois. Le parti de Stephen Harper récoltait 17% des votes, une baisse de 11 points. Le Bloc québécois obtenait 40% de la faveur populaire, selon le sondage de Décima-Harris-La Presse Canadienne. La marge d’erreur était toutefois élevée en raison de la taille réduite de l’échantillon. Un autre sondage, tout récent, montre que 58 pour cent des 1000 Canadiens sondés seraient prêts pour des élections en 2009, tandis que seulement 22 pour cent en voudraient dès cette année, soit en 2008. La plupart des Canadiens semble manquer de passion à l’égard des partis. Par conséquent, il semble logique qu’ils ne souhaitent pas aller aux urnes dans un avenir rapproché. Ce sondage a été réalisé par Harris-Décima pour le compte de la Presse canadienne.

(Sources : Cyberpresse, Presse canadienne, presses régionales)

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jeudi 24 janvier 2008

Georges W. Bush est dénoncé pour les 935 mensonges de son administration sur l’Irak

Avant la guerre en Irak, et pour convaincre la population américaine du bien-fondé de sa démarche, Georges W. Bush - et son administration - s’est livré – sans aucun scrupule – à 935 mensonges tant auprès des parlementaires qu’auprès du monde entier. Rien de moins.

C’est ce que révèle Huffington Post qui s’inspire d’une étude produite par un groupe de journalistes indépendants et le Center for Public Integrity qui ont passé en revue l’ensemble des déclarations présidentielles américaines. Scott Stanzel, porte-parole de la Maison Blanche s’est refusé à commenter les résultats de l’étude et a rappelé que Saddam Hussein était d’abord un traitre. Selon Stanzel, les déclarations du président se fondaient sur des analyses et des rapports provenant d’agences de sécurité du monde entier.

Les personnalités épinglées par le rapport, outre le président lui-même, sont le Vice-président, Dick Cheney, la conseillère Condoleezza Rice, le secrétaire à la défense Donald H. Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le conseiller Paul Wolfowitz et les secrétaires de presse à la Maison Blanche, Ari Fleischer et Scott McClellan.

Comme l’indique l’étude révélée par Huffington Post : « Bush led with 259 false statements, 231 about weapons of mass destruction in Iraq and 28 about Iraq’s links to al-Qaida, the study found. That was second only to Powell’s 244 false statements about weapons of mass destruction in Iraq and 10 about Iraq and al-Qaida ». Rien de moins.

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mercredi 23 janvier 2008

Le rapport de John Manley, sur le rôle du Canada en Afghanistan, est-il crédible ? NON !

Sur la question de l’Afghanistan, il n’est plus possible pour le gouvernement minoritaire de Stephen Harper de nier les faits : « Un groupe de défense des droits humains a rendu publics lundi des documents qui démontrent que le gouvernement fédéral savait que les prisonniers remis aux autorités afghanes étaient soumis à la torture ». « Ottawa ne peut plus nier l’existence de la torture en Afghanistan et le premier ministre Stephen Harper devra maintenant en tenir compte », a déclaré le président de l’association, Jason Gratl.

Pendant ce temps, dans la capitale canadienne, le groupe de travail indépendant sur l’Afghanistan, présidé par John Manley, recommande au Canada de prolonger sa mission militaire en Afghanistan après février 2009, à condition d’obtenir des renforts dans la région de Kandahar ainsi que l’accès à des hélicoptères de transport et des drones pour appuyer les troupes au sol.

Dans son rapport d’une centaine de pages, l’ancien vice-Premier ministre libéral John Manley et son groupe estiment que le Canada doit mettre plus l’accent « sur les questions de diplomatie et de reconstruction ». Pour permettre au Canada d’aller au-delà de son échéance actuelle, fixée en février 2009, le groupe de travail indépendant sur l’Afghanistan formule deux conditions. La première condition réside dans l’engagement des partenaires du Canada, au sein de la Force d’assistance à la sécurité (Isaf), de déployer un nouveau groupement tactique d’environ un millier de soldats dans la province de Kandahar « afin de permettre aux Forces canadiennes d’accélérer la formation de l’Armée nationale afghane ». La seconde est que le gouvernement mette à la disposition des Forces canadiennes au plus tard en février 2009 de nouveaux hélicoptères de transport de moyen tonnage ainsi que des drones (véhicules aériens sans pilote) à haute performance pour des opérations de renseignement, de surveillance et de reconnaissance.

S’agissant de cette dernière condition, les experts jugent aussi que les militaires canadiens devront « progressivement délaisser les missions de combat pour se concentrer davantage sur la formation des forces nationales de sécurité ». Oui, il faut équiper davantage nos soldats en Afghanistan pour le combat et oui, nos soldats doivent délaisser le combat pour la formation. Et ces mêmes experts affirment que si ces conditions ne sont pas respectées, le gouvernement devra faire savoir aux autorités afghanes et aux pays alliés qu’il entend transférer la responsabilité de la sécurité à Kandahar. En d’autres termes, le gouvernement canadien devrait signaler à l’OTAN son intention de se retirer en février 2009.

Dans un esprit tourné à l’optimisme, le rapport Manley vise, rien de moins, que la réalisation de cet ultime objectif : « Contribuer à bâtir un Afghanistan plus stable, mieux gouverné et plus fort sur le plan économique nous apparaît comme un objectif réalisable pour le Canada. Mais l’issue demeure incertaine. La guerre qui se déroule en Afghanistan est complexe. L’avenir est parsemé de dangers, qui peuvent faire échec aux plans les mieux élaborés et aux prévisions les plus sûres ».

Le temps a cruellement manqué au chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, pour lire le rapport. Il n’a pu que répéter que l’intervention dans son état actuel doit se terminer en février 2009.

Plus chanceux, le chef du Bloc québécois a pu prendre connaissance et commenter le rapport. Gilles Duceppe accuse le comité Manley d’avoir donné un chèque en blanc au gouvernement Harper en recommandant une prolongation de la mission canadienne sans fixer de date limite. Pour monsieur Duceppe, il faudrait voter aux communes sur cette question avant la prochaine rencontre des pays membres de l’Otan sur la question afghane, qui aura lieu le 2 avril en Roumanie. Le Bloc se dit prêt à assumer les conséquences de son vote si jamais celui-ci était considéré comme une question de confiance et qu’il menait à la chute du gouvernement minoritaire.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, qui a pu lui aussi prendre connaissance et commenter le rapport, a réaffirmé sa position exigeant un retrait des Forces canadiennes de l’Afghanistan, car, selon lui, cette mission est un échec. Il a rappelé que le gouvernement Harper est en déphasage avec les Canadiens qui, comme le suggèrent les sondages, sont contre la présence canadienne en Afghanistan. Jack Layton est loin de pratiquer l’optimisme du comité Manley : « Nous sommes contre un prolongement indéfini de la mission […]. Cette mission est non seulement mauvaise pour le Canada, mais elle est aussi mauvaise pour l’Afghanistan, car la situation est pire que ce qu’elle était il y a plusieurs années », a déclaré le chef néo-démocrate.

La Société Radio-Canada a interrogé deux experts. Le lieutenant-colonel à la retraite, Gilles Paradis, estime que plusieurs recommandations du rapport Manley « sont périmées ». Il a cité comme exemple « l’effort accru de réformer l’armée afghane », une tâche à laquelle, a-t-il rappelé, le général Laroche s’est attelé depuis son arrivée l’été dernier en Afghanistan. D’autres éléments du rapport sont aussi dépassés, aux yeux de Gilles Paradis, comme la proposition d’envoyer 1000 soldats supplémentaires de l’OTAN à Kandahar. Il fait remarquer que les Américains ont déjà annoncé l’envoi de 3200 militaires dans la région et que les Britanniques ont transféré des soldats de l’Irak en Afghanistan.

Raymond Legault, du Collectif « Échec à la guerre », a indiqué, à Radio-Canada, que le groupe d’experts mené par M. Manley « n’est pas indépendant ». Il a souligné que « ses membres sont liés au milieu d’affaires canadien, en particulier les entreprises des secteurs militaire et pétrolier, qui ont des enjeux stratégiques ». Pour monsieur Legault, la présence canadienne en Afghanistan, depuis l’automne 2001, répond à des motifs qui n’ont rien à voir avec la protection des libertés individuelles et des droits de la personne, notamment ceux de la femme. « La guerre en Afghanistan n’est autre que l’expression du désir des Américains d’avoir une présence militaire permanente des deux côtés de l’Iran, car c’est le prochain pays dans leur mire », a déclaré le militant du Collectif « Échec à la guerre ».

Les cinq membres du comité, présidé par l’ex-ministre libéral John Manley, siègent aux conseils d’administration de grandes corporations canadiennes, notamment des secteurs militaire et pétrolier. Le Collectif « Échec à la guerre » affirme que tous les membres du groupe sont d’abord des experts du partenariat stratégique avec les Etats-Unis. M.Manley était entouré, pour ses travaux, de Derek Burney, Pamela Wallin, Paul Tellier et Jake Epp.

Le directeur du département de science politique au Collège militaire royal du Canada, à Kingston, en Ontario, Houchang Hassan-Yari, n’est pas surpris que la mission afghane doive se poursuivre au-delà de février 2009. Selon lui, les pays alliés devront « rester en Afghanistan durant les 10 ou 20 prochaines années » si on veut que le pays se remette de décennies de problèmes. Le professeur Hassan-Yari estime que cela ne signifie nullement que c’est le Canada qui doit rester en sol afghan pendant toute cette période.

Est-ce que le gouvernement minoritaire de Stephen Harper sera battu sur cette question de la présence militaire en Afghanistan ou sur l’aide aux secteurs forestier et manufacturier conditionnelle à l’adoption du budget ? S’il n’en tient qu’à Stéphane Dion, « le fruit n’est pas mûr pour une élection printanière ». Préoccupé par sa « personne », le chef du Parti libéral du Canada voit bien que les sondages confirment tous que le Parti libéral, à l’heure actuelle, ne pourrait former un gouvernement majoritaire. Voilà le message qu’auraient reçu parlementaires de l’opposition libérale.

Comme l’indique Raymond Giroux, du Soleil, « les libéraux ne parlent plus de faire tomber le gouvernement sur un vote de confiance quelconque ». La directive libérale est maintenant de : « concentrer leur tir contre ce qu’ils appellent l’insensibilité et l’incompétence du gouvernement conservateur », commente monsieur Giroux. Les conservateurs, poursuit l’éditorialiste, « ne croient pas, selon Stéphane Dion, au gouvernement et n’aiment pas la fonction publique, contrairement aux libéraux qui, eux, aiment tout le monde ».

Malgré la situation catastrophique des secteurs forestiers et manufacturiers, malgré l’insatisfaction de la population canadienne à l’égard de la présence militaire en Afghanistan, Stéphane Dion, qui craint que sa personne ne soit défaite aux prochaines élections, place son intérêt propre bien au-dessus des contingences économiques que subissent des milliers de personnes au chômage. Toutefois, il promet : « il établira un fonds de 1 milliard de dollars pour aider l’industrie manufacturière, si son parti est porté au pouvoir ». Toute la question est là. Quand occupera-t-il ce pouvoir tant convoité. Au rythme de ses hésitations, tout le champ libre est laissé par le chef libéral à son adversaire, le chef conservateur qui n’en fait plus qu’à sa guise.

Dans une entrevue qu’il accordait à Gilles Toupin, de la Presse, Stéphane Dion se lançait tout azimut dans des solutions pour redresser l’économie, s’il était au pouvoir. Voilà toute la question. « Nous verrons le budget, commente Stéphane Dion, et nous évaluerons la situation sur la base de ce budget. On ne peut écarter la possibilité que nous votions contre le budget. Le contexte a changé par rapport à l’automne dernier. Je ne veux pas dire qu’il doit y avoir nécessairement des élections. Je veux dire, même s’ils ne veulent pas d’élections, que les gens s’attendent davantage à ce qu’il y en ait. De plus, nous pensons que nos chances de victoire sont plus grandes maintenant parce que les gens sont déjà à l’écoute », a déclaré Stéphane Dion.

Et combien de soldats vont périr encore en Afghanistan en attendant que monsieur Dion retrouve le sommet des sondages et qu’il se décide à laisser, à l’électorat, le soin de juger son propre rendement au sein de cette opposition libérale totalement inefficace et impuissante ?

(Sources : la Presse, Le Soleil, Presse canadienne, Radio-Canada)

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mardi 22 janvier 2008

Davos - Le rendez-vous raté des altermondialistes

Environ 2.500 hauts responsables mondiaux sont attendus à partir de mercredi à Davos. Le « World Economic Forum » se tiendra du 23 au 27 janvier. L’un des sujets à l’ordre du jour sera bien évidemment les conséquences de la crise financière américaine. Le Forum économique mondial de Davos (Suisse) compte sur la présence d’une dizaine de dirigeants de « fonds souverains », ces entités publiques souvent originaires d’Asie ou du Moyen-Orient qui ont volé au secours ces derniers mois de grandes banques comme Citigroup, UBS, Morgan Stanley et Merrill Lynch, mais font l’objet de critiques pour leur opacité. Comme en écho à l’incertitude ambiante, l’humanité semble plus pessimiste quant à l’avenir de l’économie mondiale : selon un sondage auprès de 61.600 habitants de la planète, seuls 33% des sondés s’attendent à ce que les générations futures jouissent d’un monde plus prospère, alors qu’ils étaient encore 40% il y a un an.

La France est de retour sur le devant de la scène économique internationale, annonce le Figaro. « C’est le message que veut faire passer Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances à Davos cette année. Pour la 38e édition du Forum économique mondial, le gouvernement français va donc cesser de bouder ce grand rassemblement économico-politique. La France y sera représentée par son premier ministre, François Fillon, qui viendra défendre jeudi la vague de réformes impulsée par le président de la République. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, sera aussi présent. Christine Lagarde, elle, arrivera samedi, dès son retour de voyage en Inde, où elle accompagne Nicolas Sarkozy. Habitué de Davos, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée, a aussi confirmé sa présence. Il doit rencontrer David Cameron, chef de l’opposition britannique. Pour la première fois, la France organise le grand gala de clôture samedi soir ».

La mobilisation des altermondialistes paraît s’essoufler, le Forum social mondial ayant renoncé cette année à organiser son « Anti-Davos ». Une centaine de manifestants d’extrême gauche ont été interpellés samedi dans la capitale suisse, Berne, après une manifestation interdite contre le forum. Voici une vidéo qui rend compte des événements et qui lance un appel à une mobilisation générale. (Source AFP)

Video - Davos, c’est plus d’un point de vue. Voici celui de Fabrice Seiman qui fait partie de la communauté des Young Global Leaders qui dépend du Forum économique mondial.

Vidéo - Voici l'autre point de vue.

lundi 21 janvier 2008

Pologne - « Cracovie veut éviter un débat sur la genèse de l’antisémistisme polonais » (Aleksander Kaczorowski)

La Pologne est un pays de contrastes. Embarquée dans la modernité, elle reste hantée par son passé. Son rapport à la judéité a toujours et est encore trouble. Pendant que Varsovie va, le 27 janvier prochain, organiser la Journée Internationale du Souvenir de l’Holocauste, l’œuvre de l’historien juif américain, Tomasz Gross, « Fear : Crainte : l’antisémitisme en Pologne juste après Auschwitz »,soulève de nombreux débats où s’affronte la recherche d’une construction objective de la connaissance historique contre l’acceptation d’un passé qui se révèle plus comme un tabou. Le livre de Tomasz Gross vise à témoigner des craintes au sein de la population juive en Pologne au lendemain de la seconde guerre mondiale.

En visite à Bruxelles, en octobre dernier, le premier ministre polonais de l’époque, Jaroslaw Kaczynski, s’était employé à dissiper les « malentendus » : « Ne croyez plus à ce mythe de la Pologne antisémite, homophobe et xénophobe », avait-il lancé. Cette réputation est pourtant tenace. C’était presqu’hier, en 2005. La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (Ecri), une instance du Conseil de l’Europe, s’inquiétait de la persistance d’un sentiment d’antisémitisme en Pologne.

L’Ecri avait noté alors que les « discours haineux à connotation antisémite étaient jugés courants en Pologne par de nombreux représentants de la communauté juive et ONG ». Elle soulignait également le nombre important de publications antisémites, en Pologne, en vente notamment dans une librairie située au sous-sol d’une église de Varsovie et citait une radio, « Radio Maryja », fondée par un prêtre catholique, « célèbre pour ses émissions intolérantes et particulièrement antisémites ». L’antisémitisme apparaissait, selon l’ÉCRI, dans les discours politiques, des « déclarations xénophobes et antisémites » d’hommes politiques de partis non extrémistes qui « exploitent les sentiments de certains membres de la population polonaise pour gagner des voix » pendant les campagnes électorales. Ce reproche a déjà été adressé à l’ancien président, Lech Walesa, qui avait souvent fait appel aux fantasmes antisémites de ses électeurs, accusant ses adversaires d’être des crypto-juifs au service de Moscou.

En mars 2006, des propos violents, dirigés contre la communauté juive, entendus sur « Radio Maryja » avaient ému la communauté internationale. Stanislaw Michalkiewicz, avait accusé les « juifs d’humilier » la Pologne et de réclamer des dommages pour les biens laissés après guerre : « Nous nous occupons de la démocratie en Ukraine et en Biélorussie, alors que, pendant ce temps-là, des youpins viennent par-derrière pour obliger notre gouvernement à leur payer un racket sous prétexte de revendications ». Selon Michalkiewicz, si la Pologne ne paye pas 60 milliards de dollars aux juifs, elle va être humiliée sur la scène internationale… Déjà « les juifs font des histoires à Auschwitz et les préparatifs d’une grande cérémonie de propagande à Kielce sont en cours pour l’anniversaire du soi-disant pogrom (en 1946, ndlr)».

En avril 2006, le Vatican avait adressé un nouveau rappel à l’ordre. « La pénible affaire de Radio Marija doit être considérée avec fermeté », avait écrit le nonce apostolique, Mgr Jozef Kowalczyk, dans une lettre à la Conférence épiscopale polonaise.Le Saint-Siège appelle avec insistance les évêques polonais à s’unir pour surmonter les difficultés provoquées par certaines émissions et les prises de position de Radio Maryja». De nombreuses personnalités catholiques avaient déjà publiquement protesté contre la ligne éditoriale de la radio, accusée, selon les termes employés par Lech Walesa, d’« instrumentaliser la religion ».

Pour revenir à l’auteur Tomasz Gross qui, faut-il le rappeler, est un historien juif américain, avant même que la version polonaise de son livre « Crainte » ne soit éditée, des plaintes en diffamation vis à vis de la nation polonaise étaient déposées, comme le rapporte Le magazine international polonais. La question, pour les autorités judiciaires polonaises, est d’examiner si les témoignages recueillis par Tomasz Gross relèvent de la propagande ou si il ne s’agit que de dévoiler ce qui a été trop longtemps caché ou non avoué. En réalité, cet ouvrage témoigne de tous les nombreux exemples de polonais qui ont continué à être persécutés au lendemain de la seconde guerre mondial, et des tensions que cette population a dû subir alors que celle-ci rentrait des camps de concentration dans le seul but de pouvoir retrouver une vie paisible en Pologne. Parmi l’un des exemples qui sont cités dans cet ouvrage, il y a celui d’un jeune enfant, qui au lendemain de la seconde guerre mondiale, n’était pas autorisé à parler polonais dans des endroits publics parce que ses parent avaient peur que la population polonaise environnante ne reconnaisse son accent yiddish.

L’écrivain, Aleksander Kaczorowski, désapprouve cette décision des autorités judiciaires polonaises. « En lançant cette enquête […], le parquet de Cracovie essaye, en s’appuyant sur des méthodes policières, […] de tuer dans l’œuf un débat essentiel et nécessaire sur la genèse de l’antisémitisme polonais. Il se fonde sur une loi absurde qui prévoit que quiconque accuse publiquement la nation polonaise d’avoir participé, organisé ou d’être responsable de crimes communistes ou national-socialistes, encourt une peine de prison de trois ans. […] Ce n’est que l’une des conséquences de la politique historique, qui était l’un des principaux mots d’ordre du parti Droit et justice [PiS], l’ancien parti au pouvoir. Mais cette affaire n’a rien à voir avec les principes d’un État démocratique ».

Szewach Weiss, ancien ambassadeur d’Israël à Varsovie, affirme que la Pologne doit faire face à son passé. « J’espère que des livres comme « La crainte » vont déclencher une sorte de catharsis. Ce processus déplaisant de purification est nécessaire, parce qu’un meurtre est un meurtre. L’antisémitisme, la xénophobie et le racisme sont une ignominie. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, la plupart des Polonais sont bien éloignés de tels comportements. Il existe néanmoins des endroits en Europe où l’on trouve un antisémitisme plus marqué. On ne peut pas simplement effacer les turpitudes de l’histoire ». Pour le prix Nobel, Elie Wiesel, il ne s’agit pas pourtant de retenir à l’égard de la Pologne une responsabilité collective, mais bien de reconnaître la responsabilité des véritables coupables. Annoncer la vérité ne signifie pas que toute une nation est condamnée et que ses nouvelles générations doivent en assumer la responsabilité, il s’agit d’avoir un regard sur son passé, opinion qui rejoint celle de Szewach Weiss.

Jan Zaryn, appartenant à l’Institut Polonais du Souvenir, a expliqué que le livre de Tomasz Gross consiste à présenter les polonais tel que des antisémites, ou du moins à en renforcer le stéréotype, et non pas à présenter une version objective des faits historiques. D’après Jan Zaryn, l’étude des crimes commis par l’Allemagne nazi et les soviétiques ne permettent pas de qualifier explicitement les polonais d’antisémites, cet ouvrage ne servirait qu’à spéculer. Ce qu’il faut, par contre, savoir, en terminant, c’est que, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, l’article 132 du code pénal polonais condamne à trois années d’emprisonnement toute personne qui imputerait au peuple polonais une participation aux crimes commis par l’Allemagne nazi ou encore par les agents soviétiques. Et dire que l’Histoire est un devoir de mémoire, qui trouve son sens quand on l’exerce afin d’éviter les erreurs du passé, et cela d’autant plus à une époque où on a cru au retour des haines raciales avec la réapparition en Pologne de la Ligue des Familles Polonaises sous l’ancienne coalition gouvernementale.

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dimanche 20 janvier 2008

Coucher avec le président de la République

Voici une étonnante chronique, parue vendredi dernier, de Rafaële Germain, dans une collaboration spéciale au quotidien de Montréal, La Presse. Je vous la présente in extenso pour deux raisons. D’abord, c’est une chronique de femmes. Deuxièmement, elle donne le point d’une femme sur la relation très particulière de Nicolas Sarkozy avec sa nouvelle compagne, Carla Bruni. Je n’aime pas les potins. Je les évite. Dans le cas présent, je fais exception. Pour montrer, aux lecteurs francophones, un point de vue largement débattu, dans nos médias québécois, qu’ils soient imprimés ou électroniques, et cela dans des termes similaires à ceux que vous allez lire.

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Coucher avec le président de la République

Rafaële Germain

La Presse

Collaboration spéciale

« Puis toi ? a demandé la jeune femme à son amie. Tu coucherais avec Sarkozy?
- Moi je coucherais avec un gnome s’il était président de la République française
», a répondu l’amie.

- « Ben… Sarkozy est pas trop loin du gnome, si tu veux mon avis.

- Whatever. N’importe quoi pour pouvoir dire que j’ai couché avec un chef d’État. C’est une maudite bonne anecdote, quand même, non? » Qu’est-ce que t’as fait hier soir?“. « Oh, pas grand-chose. Missionnaire avec le président ».

- Tu penses que c’est ça que Carla Bruni s’est dit ?

- Non. Je pense que Sarkozy s’est dit : n’importe quoi pour pouvoir dire que j’ai couché avec une mannequin.

- « Ouais, peut-être ». Une pause. « Tu penses vraiment qu’ils font ça dans la position du missionnaire ? »

La discussion s’est poursuivie. Il est plus petit qu’elle ; elle a la voix d’une carpe aphone ; c’est rien qu’un fasciste étroit d’esprit ; elle est rien qu’une « guidoune » qui couche avec tout ce qui fait plus de 100 millions par année ou, accessoirement, gouverne une puissance mondiale (consensus finale des filles : non, pas de missionnaire. Si jamais ils le font, c’est elle qui est sur le dessus).

Les jeunes femmes, au bout du compte, avaient moins de compassion pour Carla que pour Nicolas. Un président fier d’être à droite, anytime. Mais une femme qui collectionne les hommes puissants comme d’autres les coquillages ou les photos de coucher de soleil, ça passe mal.

Machine médiatique


Tout a déjà été dit - trop a déjà été dit sur ce couple à la fois étrange et parfait que forment Carla Bruni et Nicolas Sarkozy. Étrange pour des raisons évidentes, parfait parce qu’on pourrait difficilement imaginer pareille machine médiatique, ils sont du bonbon à paparazzi, de l’engrais à conversation vide.

Dans quelques années, j’en suis certaine, qu’ils soient encore ensemble ou non, des gens écriront sur cette relation déconcertante et démesurée, parce que tout est encore bon à dire et à redire sur l’histoire de la belle et la bête, sur les appétits des hommes de pouvoir et sur le pouvoir des femmes fatales.

Je n’ai pas d’affection particulière pour Carla Bruni, ses disques sont jolis, elle aussi, elle a écrit une chanson pour un homme qui a le même prénom que moi et que les gens me chantent encore quand ils ont pris un verre de trop. Son tableau de chasse est assez impressionnant, et on est en droit de questionner la pureté des intentions d’une jeune femme qui se donne à Donald Trump (pour qui je commence à avoir une certaine admiration, ne serait-ce qu’à cause de l’opiniâtreté qu’il démontre en persistant à porter son improbable toupet). Mais dans toutes, absolument toutes les conversations sur le sujet de son couple avec Sarkozy que j’ai entendues, les mots « pute » ou « guidoune » ou « salope » ont été prononcés. Et j’en ai entendu des conversations. TOUT le monde en parle, tout le monde est littéralement excité par la chose. Les plus polies parlaient de « profiteuse ».

Moi je crois que si quelqu’un profite de cette relation, c’est lui. Et que si elle en profite aussi, tant mieux. Je me demande pourquoi on assume toujours le pire, pourquoi on a choisi d’emblée de faire de cette histoire quelque chose de laid et de pervers (parce que c’était facile), et si on va un jour cesser de honnir les femmes qui se comportent comme on croit que seuls les hommes devraient pouvoir le faire.

Je sais, le sujet est plus qu’éculé et les femmes qui se veulent libérées radotent là-dessus dans les fonds de bar, mais la bigoterie me fait de la peine, surtout celles des femmes par rapport à leurs semblables. Aimons-nous donc les unes les autres.

Rafaële Germain, La Presse, le vendredi 18 janvier 2008

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Source : Cyberpresse

Je vous recommande également, de Cyberpresse, la lecture de cette autre analyse, Le Sarko-show: le feuilleton continue, signée par Nadielle Kutlu : « Je suis une amadoueuse, une chatte, une Italienne », confiait Carla Bruni en février 2007 au magazine Madame Figaro. « Je m’ennuie follement dans la monogamie. L’amour dure longtemps, mais le désir brûlant, deux à trois semaines ». Telle est la nouvelle conquête du président français, qui deviendra visiblement la première dame de France. Depuis près de deux mois maintenant, Nicolas Sarkozy, 52 ans, entretient une idylle avec l’ancien mannequin italien, Carla Bruni, 39 ans, fille de l’une des familles les plus riches de l’Italie du Nord. Désire-t-elle encore ardemment son nouvel amant ?

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samedi 19 janvier 2008

Nicolas Sarkozy, ne touchez pas à TV5. Point.

Nicolas Sarkozy avait déclaré, la semaine dernière, qu’il souhaiterait créer une nouvelle chaîne de télévision regroupant les moyens de TV5, aussi bien que ceux de Radio France International et de France 24, une chaîne de télévision internationale d’information récemment créée et financée par la France. « Nous allons créer un label France Monde le plus rapidement possible, afin de porter une présence de la France beaucoup plus massive ». « Parlons peu, parlons bien. Il ne peut pas y avoir un France Monde qui chapeaute TV5. Ce n’est pas possible. Cela ferait de TV5 une filiale de la France, donc une voix française. Je ne peux pas concevoir ça. Ce n’est pas logique », a déclaré le numéro un de la Francophonie, Abdou Diouf.

Ces quelques phrases de Nicolas Sarkozy n’ont pas échappé aux oreilles des partenaires au sein de TV5. Le projet de réforme de l’audiovisuel extérieur français, remis récemment aux partenaires québécois, belges et suisses de TV5Monde, préconise la création d’une holding qui se nommerait « France Monde » et qui coifferait TV5Monde et la chaîne internationale d’informations en continu France 24, ainsi que la radio RFI. Ce projet a provoqué une levée de boucliers parmi les partenaires francophones de cette chaîne, qui constitue le seul réseau mondial alimenté en programmes par plusieurs chaînes européennes de langue française (France Télévisions, Arte France, RFO, RTBF pour la Belgique, TSR pour la Suisse), ainsi que le consortium de télévision Radio-Canada et Télé-Québec.

À l’extérieur de la France, sommes-nous concernés par ce vœu du président de la République ? Pas du tout.

La Belgique pourrait mettre fin à sa participation au financement de la télévision francophone TV5 Monde si celle-ci se transformait en « outil de rayonnement franco-français », a mis en garde la ministre de l’Audiovisuel en Belgique francophone. La Télévision suisse romande a menacé également de remettre en question sa participation dans la chaîne de télévision francophone TV5 si le respect de tous les partenaires n’était pas assuré du fait des réformes proposées par la France.

« Si la dimension multilatérale de TV5 n’est pas garantie, nous n’avons pas vocation à y rester », a souligné le patron de la Télévision suisse romande (TSR), Gilles Marchand, qui détient 11,11% du capital de TV5. Le projet français « risque de faire perdre à TV5 Monde sa spécificité », a déclaré pour sa part, Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l’Audiovisuel belge. « Si TV5 devait être englouti dans une chaîne française, cela remettrait en question la participation suisse qui n’a de sens que dans une structure multilatérale », explique Gilles Marchand. Une position qui est d’ailleurs partagée par les autres partenaires à TV5 et forcerait la France à faire cavalier seul.

La TSR « ne comprendrait pas que la gouvernance de TV5Monde soit dissoute dans une holding française dominée par des préoccupations essentiellement franco-françaises », a encore relevé le communiqué de la chaîne suisse. « Nous n’avons pas d’objections à ce que des moyens soient mis en commun, mais je ne veux pas que TV5 soit transformée en outil franco-français », a expliqué la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel belge, Mme Laanan. « Il n’y a aucune justification pour que la Belgique paie pour un outil de rayonnement franco-français. Si nous ne sommes pas entendus, il faudra revoir nos investissements, ce que nous ne souhaitons pas », a-t-elle ajouté. Fadila Laanan rappelle, une fois encore, qu’elle reste ouverte à toute proposition de dynamisation de TV5 qui serait respectueuse, d’une part, des différents pouvoirs publics partenaires, et, d’autre part, des spécificités de la chaîne : caractère francophone, international et multilatéral, indépendance rédactionnelle, etc. Cela conformément à la position unanimement adoptée lors de la réunion des ministres belge, français, suisse, québécois et canadien concernés, en novembre dernier, à Lucerne.

Le premier ministre du Québec, Jean-Charest, a dit vendredi à son homologue, François Fillon, son attachement « très très profond » à la chaîne de télévision francophone TV5, concernée par un projet de réforme de l’audiovisuel extérieur. « Peu importent les règles de la gouvernance, il faut respecter cette adhésion et le fait que TV5 c’est un projet commun de la francophonie », a déclaré le Premier ministre Charest.

La France a transmis officiellement le 11 janvier un document de travail sur la redynamisation de TV5 dans le cadre de la réforme de l’audiovisuel extérieur français. « Comme pout tout projet multilatéral, nous avons engagé depuis juillet 2007 avec nos partenaires un dialogue étroit et permanent… La France enverra des délégations de haut niveau auprès de ses quatre partenaires afin de rechercher l’indispensable consensus autour de ce projet », a affirmé Mme Andréani, porte- parole du ministère français des Affaires étrangères.

Comme l’indiquait le Premier ministre du Québec Jean Charest : « TV5, pour nous, ce n’est pas juste un poste de télé, c’est également sur le plan de notre culture, sur le plan de notre vision du monde, de nos valeurs, extrêmement important ».

Nicolas Sarkozy, ne touchez pas à TV5. Point.

(Sources : AFP, Le Monde, Presse Canadienne, RTB, TSR)

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