vendredi 30 novembre 2007

Nicolas Sarkozy : l'homme qui ne sera jamais mon président

L’homme, qui ne sera jamais mon président, est un homme de passion. Un homme pressé. L’homme pressé n’apaise pas. Son verbe bat au rythme de ses pas. Parfois extrême. Parfois lent. Jamais en pause. Une légère chute de l'intonation pour marquer une réflexion ? Rare.

Il a développé le sens de la formule : « Je serai le président du pouvoir d'achat! » À défaut d’approfondir les évènements, il les remplace par des formules. Le pouvoir d'achat caracole en tête des attentes des Français ? Sa réponse : « Les Français n'attendent pas que je distribue les cadeaux de Père Noël alors qu'ils savent parfaitement bien qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses ». « La seule façon de répondre à cette question, c'est de permettre aux gens de travailler plus et de gagner plus ». Il faut lui reconnaître une maîtrise du verbe politicien. Dans le doute, il affirme : « Il faut arrêter de dire des fariboles. La hausse des prix, ce n'est pas un sentiment. C'est une réalité. Aussi, j'annonce la création d'un indice du pouvoir d'achat qui corresponde enfin à la vie quotidienne des Français ».

Sur les allégements fiscaux votés l'été dernier, le président affirme. A-t-il besoin de démontrer ? Non. Seule sa parole est concluante : « les allégements profiteront aux salariés les plus modestes ». La chose est entendue. Il sait, lui, le président, qu’il ne peut contrôler les fluctuations de l’opinion publique : deux Français sur trois estiment que leur pouvoir d'achat a diminué. Pour enrayer la hausse des prix de l'alimentation ? Le président promet : « une grande discussion avec la grande distribution ». L’homme pressé qu’est le président est-il pris au piège de sa propre vélocité lorsqu’il constate que la population ne semble guère disposée à attendre et demande aussi des résultats rapides ?

L’opposition élève le ton ? « La démagogie doit avoir des limites! ». Point. Le PS est accusé de « prévoir un paquet de dépenses » sans recettes. Au verbe s’ajoute le coup de griffe : « François Hollande dit ne pas « aimer les riches ». « Il ne doit pas s'aimer lui-même... ». Les commentaires de la présidence exigent-ils une certaine délicatesse lorsqu’il s’agit des personnes ? Tel le chat, il peut se faire câlin mais il n’hésite surtout pas à griffer quiconque le menace ou l’a menacé dans le passé. S'agissant de son prédécesseur : « Il est présumé innocent comme n'importe quel justiciable. Je n'ai pas de commentaire à faire, mais c'est toujours dommage que la justice vienne si tard ». Commentaire dans un non-commentaire.

Les violences urbaines ? Le président s’est absenté trois jours et le Premier ministre n’a pas su contrôler la situation. Donc, acte. Sujet de prédilection du président. La loi et l’ordre. « La République ne cédera pas un pouce de terrain ». Et la République c’est le président. Et non l’inverse. « On est passé à deux doigts du drame », a-t-il déclaré, dans un discours, devant près de 2.000 policiers et gendarmes sur les questions de sécurité. Pourquoi donc ? « Un policier blessé a 18 plombs dans le corps et un autre en avait un logé dans la pommette et celui-ci m'a dit qu'il avait le tireur dans son viseur. Il aurait pu tirer ». Et la mort des deux adolescents ? « Ce n'est pas quelque chose que l'on peut tolérer, quel que soit par ailleurs le drame de la mort de ces deux jeunes en moto ».

Les violences urbaines ? Le président évite les réalités – indélicates – qui pourraient porter ombrage à l’image de l’homme pressé de résultats. La ville du Val d'Oise, c’est : « un chômage qui concerne plus de 20% de la population, des moyens de transport pour relier le centre ville rares et dégradés, et une population constituée à 60 % de jeunes de moins de 25 ans ». Le président feint d’ignorer ce qu’en pense la presse étrangère, comme cette vidéo du quotidien britannique The Guardian. Le président affirme – sans y mettre les dentelles – que : « Ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel n'a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie ».

La violence dans les banlieues ? Elle ne relève pas, selon le président, d'une « crise sociale » mais d'une forme de « voyoucratie », répète-t-il à l’envi. Formule, quand tu nous tiens ! L’homme pressé, qu’est le président, se fait-il apaisant ? « La réponse aux émeutes, ce n'est pas plus d'argent encore sur le dos du contribuable. La réponse aux émeutes, c'est l'arrestation des émeutiers ». Et encore. « Je réfute toute forme d'angélisme qui vise à trouver en chaque délinquant une victime de la société, en chaque émeute un problème social », martèle-t-il dans son plus pur style. « Si nous laissons un petit voyou devenir un héros dans sa cité (...) c'est une insulte à la République et à votre travail ». Ce qu'il faut combattre, c'est « l'économie souterraine », notamment le trafic de drogue, qui aboutit à « la ghettoïsation de zones et à la prise d'otage de populations entières qui sont les premières victimes de ces voyous ».

Les violences urbaines ? Le résultat « des voyous déstructurés, prêts à tout ». La violence policière ? « Quand on veut expliquer l'inexplicable, c'est qu'on s'apprête à excuser l'inexcusable ». Mais encore ? « Il y a le malaise social, il y a une immigration qui pendant des années n'a pas été maîtrisée, des ghettos qui ont été créés des personnes qui se sont pas intégrées ». Le président l’exige. Il prend la parole mais la cède peu. Aucune dentelle n’est permise dans les circonstances : « Ceux qui prennent la responsabilité de tirer sur les fonctionnaires se retrouveront devant la cour d’assises. Cela porte un nom : c’est une tentative d’assassinat ». Président et juge. L’homme des résultats : c’est le président qui « annonce l’ouverture d’une information judiciaire » aux deux familles éprouvées par la mort de leur fils. Il a annoncé également la désignation prochaine d'un juge d'instruction pour faire la lumière sur les émeutes dans la banlieue parisienne. L’homme précède les enquêtes. Il s’estime, en sa qualité de chef de l’État, au-dessus des processus lents et improductifs de l’appareil judiciaire. Le président veillera même que les sanctions soient à la hauteur de la gravité de ce que ces « voyous » ont fait.

Et le plan pour les banlieues : « Un plan pour les banlieues sera annoncé en janvier », confirme l’homme pressé de résultats, sans qu’il ne précise que le plan, promis pendant la campagne, a été ensuite plusieurs fois reporté.

Vous était-il venu à l’esprit que le Premier ministre avait pris la parole après le tohu-bohu de la banlieue ? « Ceux qui tirent sur des policiers, ceux qui ont battu un commissaire presque à mort sont des criminels, ils doivent être traités comme des criminels », a-t-il dit, sous les applaudissements de députés - dont des élus de gauche.

« Si la vérité blesse, c'est la faute de la vérité », déclarait l'homme pressé de la République lors d'une Conférence de presse du 4 mai 2004.

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jeudi 29 novembre 2007

« Les pistolets à décharge électrique Taser X26 provoquent une douleur aigüe constituant une forme de torture » (Nations Unies)

Selon Alain Jolicoeur, président de l’Agence des services frontaliers du Canada, « aucun des membres de son personnel ne fera l’objet de mesures disciplinaires ». « La procédure a été respectée ». Rappelons les faits. , Robert Dziekanski,ouvrier du bâtiment, venait rejoindre sa mère, Zosia Cisowski, 61 ans, établie au Canada. Il prend l’avion pour la première fois de sa vie. Il ne parle pas un mot d’anglais. Il est mort après avoir reçu au moins deux décharges de Taser. Selon la police fédérale, M. Dziekanski avait dû être maîtrisé après s’être montré très agité dans la zone des arrivées de l’aéroport. La vidéo, filmée par un passager, montrant les policiers en train de l’immobiliser à terre ont choqué toute la Pologne et le Canada.

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Que fait une entreprise lorsque son produit est mis en avant-scène de l’actualité et que les médias associent à ce produit des morts accidentelles ? Elle ne rassure pas la population. Elle menace de poursuites sévères ceux ou celles qui colportent ces commentaires sans fondement. Taser International prévient le coup en se défendant agressivement contre toute poursuite. Elle attaquera, par une réplique musclée de ses avocats, toute personne qui intenterait de nouvelles attaques judiciaires ou laisserait entendre que son arme est impliquée dans un décès.

Pendant qu’au Canada, certaines voix réclament la mise en place d’un moratoire sur le Taser, le président de la compagnie, Tom Smith, déclare qu’il est prématuré d’accuser son produit « avant que l’enquête n’ait été menée à bien ». Dans un communiqué, l’entreprise déclare qu’historiquement, la science médicale et l’analyse judiciaire ont démontré que ces décès sont attribuables à d’autres facteurs et pas à la décharge électrique de faible énergie du Taser.

Ce qui n’est pas l’avis d’Amnesty International selon qui 18 personnes sont décédées au Canada et plus de 280 aux États-Unis à la suite d’incidents liés à cette arme. « Les pistolets à décharge électrique Taser X26 provoquent une douleur aigüe constituant une forme de torture », déclare le Comité des Nations unies sur la torture. Ce comité comprend les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Espagne, le Maroc, le Sénégal, l’Équateur, le Chili, la Norvège et Chypre et la déclaration survient alors que deux personnes ont récemment trouvé la mort au Canada après avoir reçu une décharge de Taser. Cette dénonciation de l’ONU n’est pas suffisante pour que le controversé pistolet soit remisé.

Alain Jolicoeur est le président de l’Agence des services frontaliers du Canada. Il s’est présenté devant les médias pour répondre aux interrogations suscitées par le décès de Robert Dziekanski. Monsieur Dziekanski est cet homme d’origine polonaise qui est mort, le 14 octobre dernier, à Vancouver, après avoir été atteint de deux décharges de pistolet à impulsions, ou « Taser », administrées par des agents de la Gendarmerie royale du Canada. « Aucun des membres de son personnel ne fera l’objet de mesures disciplinaires », a affirmé monsieur Jolicœur. « La procédure a été respectée », soutient le président.

Jacques Dupuis, ministre québécois de la Sécurité publique, a pour sa part réitéré qu’il n’était pas question que le gouvernement Charest impose un moratoire sur l’utilisation de pistolets Taser. Bien qu’il se dise préoccupé par les récents cas de morts tragiques, le ministre croit que le Taser est utile aux forces policières. Il invite d’ailleurs la population à se mettre dans la peau des policiers. Le Taser est actuellement utilisé par neuf (9) corps de police au Québec. Qui se mettra dans la peau de la mère de Robert Dziekanski, Zofia Cisowski, qui a attendu pendant huit heures son fils, perdu dans l’aéroport de Vancouver sans que personne ne lui vienne en aide ? Son fils lui reviendra dans un cercueil.

Selon Brian Myles, du quotidien “Le Devoir, un porte-parole de la police fédérale, Pierre Lemaître, avait déclaré que Dziekanski représentait une menace à la sécurité des policiers. Ceux-ci avaient bien tenté de le raisonner, en lui disant notamment de « relaxer », mais sans succès. Dziekanski avait continué de lancer des objets à travers la pièce. Les images, vues dans le monde entier, ont exposé la version de la GRC pour ce qu’elle est : un mensonge éhonté. Vingt-quatre secondes. Voilà tout le temps pris par quatre policiers de la GRC pour évaluer la « menace ».

Javier Bermudez écrit, dans le Calgary Herald : « La GRC a trahi la confiance de la population canadienne. Un homme est mort inutilement et les hommes responsables, ou leurs supérieurs, ont, peut-être intentionnellement, tenté de brouiller les pistes. On ne peut tolérer ce genre de chose dans un pays libre. Personne n’est au-dessus des lois, surtout pas ceux chargés de la faire respecter. L’idée d’officiers agissant en toute impunité est une abomination en démocratie ».

Howard Hyde est cet autre homme, qui souffrait de maladie mentale, mort dans un poste de police 30 heures après avoir reçu une décharge de Taser, à Halifax. Il avait été maîtrisé, à deux reprises, par des agents des services correctionnels, juste avant de décéder dans une prison voisine. Là aussi, faut-il l’imaginer, « la procédure aura été respectée ». À Chilliwack, en Colombie-Britannique, Robert Knipstrom aurait, ce samedi, agi bizarrement dans un magasin de location. Les policiers auraient alors décidé de l’intercepter à l’aide de poivre de Cayenne et de matraques, en plus du Taser. Ils disent ignorer si l’homme a été atteint par la décharge du pistolet électrique.

Le Globe and Mail rapportait, samedi, que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait, trois mois avant la mort de Robert Dziekanski, modifié ses procédures afin de permettre aux agents d’utiliser un pistolet Taser à plusieurs reprises pour contrôler un individu. Des données médicales montraient que, sans l’usage du Taser, de longues et dangereuses confrontations pouvaient survenir avec des personnes souffrant de ce qu’elle appelle le syndrome du « délire agité ». Le délire agité est, selon la GRC, un « état d’excitation psychologique et physiologique extrême, caractérisé par une agitation extrême, de l’hyperthermie, de l’hostilité, une force et une endurance exceptionnelles ».

Pour rassurer davantage, le caporal Gregg Gills, un formateur de la GRC, a déclaré au Globe and Mail que les pistolets à décharge électrique étaient « la façon la plus humaine » de contrôler des personnes qui souffrent de détresse psychologique. Mais comme le rapporte Le Devoir, le criminologue Jean-Paul Brodeur juge ces calculs fantaisistes. Le président de l’Association des chefs de police de la Colombie-Britannique, Gord Tomlinson, s’est opposé à l’adoption d’un moratoire. Il s’est dit convaincu que cette arme sauve des vies et prévient des blessures.

« Le nombre de vies présumément sauvées excède souvent de beaucoup le nombre de fois, assez peu fréquents, que les policiers utilisent annuellement leur arme à feu. On sauve des vies à partir de situations fictives inventées de toutes pièces », affirme M. Brodeur, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Le gouvernement fédéral a demandé à la Commission des plaintes du public contre la GRC de réviser les incidents survenus au pays avant de décider des mesures à prendre. M. Brodeur accorde peu de poids aux travaux de cette Commission qui a été édentée sous l’administration Zaccardelli.

Les pistolets Taser font l’objet de plusieurs études et révisions de procédure au Canada depuis la mort de M. Dziekanski. Le comité permanent de la sécurité publique et nationale à la Chambre des communes entreprendra sa propre enquête sur la mort de Robert Dziekanski. Cette enquête est la septième à être instituée sur cette affaire. Aucune date n’a été donnée sur le début de ses travaux.

Paul Pritchard est l’auteur de la vidéo. Il a déclaré que, malgré tout ce que peut dire la GRC, il a vu M. Dziekanski, âgé de 40 ans, recevoir une décharge de pistolet Taser très tôt le 14 octobre. Selon ce témoin exceptionnel, les scènes de cet événement « horrible, terrible et tragique » seraient aussi gravées à jamais dans sa mémoire. Il a aussi dit avoir reçu beaucoup d’appuis dans sa lutte pour ravoir son enregistrement, saisi par la GRC, et pour le diffuser publiquement. D’autres personnes l’ont toutefois critiqué parce qu’il était « gênant » pour le Canada. Il a répondu que, lui, avait été gêné et était honteux devant ce qui est arrivé.

Video de Paul Pritchard

Vidéo:



mercredi 28 novembre 2007

Annapolis - Religion et politique ne font pas bon ménage

Depuis quelques semaines, Georges W. Bush en a été informé. Le Tout-Puissant va frapper à nouveau les États-Unis, ont averti, en début de novembre, des rabbins israéliens d’extrême droite dans une lettre ouverte, SOS Israël, au président américain. SOS Israël est un mouvement d’extrême droite qui protège la terre d’Israël en respect de la Torah d’Israël. C’est ce même groupe qui avait publié des citations en l’honneur des soldats israéliens qui avaient refusé d¹obéir aux ordres et de participer au désengagement. Il faut signaler, parmi les signataires, les rabbins Dov Wolfa, Yekutiel Rap, Gedalia Axelrod, Dov Lior (rabbin en chef de Kiryat Arba et Hebron), et Yaakov Yossef, fils de l¹ancien Grand Rabbin Ovadia Yossef.

La question qui se pose est la suivante : George W. Bush, qui s’expose au « courroux de Dieu » s’il n’annule pas la conférence de paix sur le Proche-Orient d’Annapolis, a-t-il entendu ce message de SOS Israël, et encourra-t-il le châtiment divin pour croire, contre la volonté divine, à la création d’un État palestinien : « La terre d’Israël appartient au peuple d’Israël. Dieu punit quiconque force Israël à renoncer à sa terre ». Les rabbins exigent l’annulation du sommet d¹Annapolis car il risque de provoquer « la colère du Tout-Puissant » sur l’Amérique entière. Le président en a été formellement averti, déclare le rabbin Meir Druckman, l’un des signataires de la lettre SOS Israël. « Ayez pitié de vous-mêmes, de l’Amérique que vous aimez et de vos citoyens. Baissez les bras que vous avez levés contre le Créateur. Aidez le peuple d’Israël à lutter sans compromis contre le terrorisme qui le menace. Alors, avec un cœur pur vous pourrez réellement prier : May G.od bless America – Que D.ieu bénisse les États-Unis », écrivent ces rabbins.

Le désastre, causé par l¹ouragan Katrina serait, selon SOS Israël, le résultat du soutien américain à l’expulsion de près de 10.000 Juifs de leurs maisons dans le Goush Katif et les incendies, en Californie, sont également un signe annonciateur. L’expulsion des Juifs du Goush Katif et de la Samarie du Nord a en effet été achevée le 23 août 2005, date à laquelle la dépression tropicale à l’origine de Katrina a été détectée sur les Bahamas, relève le site Blogdei. « Nous avons écrit au président Bush, un homme qui croit à la Bible, pour l¹avertir du terrible danger auquel il expose son pays en accueillant pareille conférence » dit le rabbin Meir Druckman.

Le rabbin Meir Druckman déclare : « Il ne fait aucun doute que l’inondation de La Nouvelle-Orléans provoquée par Katrina a été la punition de Dieu pour avoir évacué les colonies ». Comme l’indique le rabbin Druckman : « Qui peut vraiment ignorer la main de Dieu qui réclame un œil pour un œil, après ces centaines de milliers de sans-abri, ces centaines de victimes et ces milliards de dollars de perdus ? »

Georges W. Bush n’a pas saisi l’ampleur du courroux de Dieu et il persévère dans ses fautes graves : « Malgré ces conséquences, nous nous retrouvons encore une fois face à une initiative qui consiste à expulser des Juifs de Judée et de Samarie et de confier leurs villes à des organisations terroristes. Et, une nouvelle fois, les organisateurs sont le président Bush et la secrétaire d’État, Condoleezza Rice ».

Selon SOS Israël : « cette fois, le Tout-Puissant avertit l’Amérique à l’avance : si la plaie de l’eau ne suffit pas, il enverra les flammes. Déjà, des centaines de milliers de familles ont fui les terribles incendies de Californie, et nous vous posons la question : allez-vous réellement vous entêter à poursuivre ce plan maléfique ? »

SOS Israël ne fait pas l’unanimité. Tant s’en faut. Le Haaretz publie, ce vendredi, une pétition de soutien à M. Olmert, sur une page entière, signée par des universitaires et des officiers du cadre de réserve, dont 80 généraux, membres du Conseil pour la paix et la sécurité, une association apolitique d’experts. « La rencontre d’Annapolis est une opportunité à ne pas rater (…) la situation actuelle, en l’absence d’un accord négocié, est dangereuse pour les deux peuples et l’ensemble de la région », soutiennent les experts (Le Monde).

Évoquant la malédiction de Dieu, Khalid Amayreh - Ma’an, cité par Info-Palestine, écrit, à propos de Georges W. Bush : « Ce type, qui a prétendu que Dieu lui-même lui avait indiqué quoi faire, n’a jamais eu le courage moral de dire : « J’ai commis une erreur, Mea Culpa, Mea Maxima Culpa ! » Non. Bien au contraire, il a inventé toutes sortes de prétextes, d’histoires invraisemblables et de mensonges patents pour justifier sa nature criminelle et ses projets malfaisants. Mais il est vrai que, très souvent, les criminels ne font montre d’aucun remords, ni même du moindre intérêt pour leur crime et ceux qui en ont été les victimes… Et cela nous amène inéluctablement à cette question : les peuples du Moyen-Orient, en particulier, et les peuples du monde entier, de manière générale, peuvent-ils s’en remettre au tout premier des assassins et des menteurs du monde pour contraindre Israël à faire la paix ? N’oublions pas qu’il s’agit en l’occurrence de l’homme qui a osé qualifier Ariel Sharon, ce criminel de guerre patenté, d’ « homme de paix » ! »

À la lecture de ces écrits, le parcours expiatoire de Georges W. Bush sera long et laborieux. Alors que David Welch, le sous-secrétaire d’État américain en charge des questions du Proche Orient, qualifie d’« opportunité pour tous ceux qui voudraient prendre des mesures en faveur de la paix » cette grande conférence d’Annapolis, le Premier ministre, Ehud Olmert, déterminé à aller de l’avant, se dit convaincu, à quelques jours de la réunion internationale de paix sur le Proche-Orient, que le maintien du statu quo sur le conflit israélo-palestinien est « dangereux » pour Israël. Le maintien du statu quo pourrait même avoir des conséquences plus graves qu’une réunion non réussie. « Je suis parvenu à la conclusion qu’il n’était plus possible de maintenir le statu quo entre nous et les Palestiniens », a-t-il déclaré.

Selon Guy Senbel, de Guysen International News, la rue israélienne s’inquiète de voir ainsi partir un Premier ministre qui donne l’image de brader la sécurité d’Israël, dans l’absence de concertation claire et de déclaration d’intention précise. L’analyste écrit : « Annapolis apparaît comme le théâtre des solutions à mettre en place pour résoudre le légendaire « conflit » israélo-palestinien, comme si chaque concession territoriale ou financière israélienne réalisée depuis ces vingt dernières années n’avait pas compté ».

Cette affirmation de Guysen International News est par contre contredite par un sondage . En effet, une très large majorité d’Israéliens (près de 70%) soutiennent la Conférence sur la paix au Proche-Orient d’Annapolis parrainée par les États-Unis mais n’en attendent aucun résultat pour la résolution du conflit israélo-palestinien, selon un sondage publié la semaine dernière par le quotidien « Yediot Ahronot ». Du côté de la Palestine, un peu plus de 70% des Palestiniens interrogés souhaitaient que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas participe à ce sommet mais 57% ne pensent pas que ce sommet permettra un quelconque progrès dans le processus de paix. Il reste des douches de résistance du côté de Gaza : plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi dans la Bande de Gaza contre la tenue de la conférence sur le Proche-Orient, craignant que de telles négociations ne puissent être profitables pour les Palestiniens.

Les ministres de la Ligue arabe ont finalement décidé de venir à Annapolis, expliquant que leur participation a aussi pour but de s’assurer que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, affaibli, ne soit pas conduit à des concessions trop importantes à Israël. Les pays arabes ne soutiendraient aucun accord qui ne comprendrait pas un retour de tous les territoires conquis par Israël lors de la guerre des Six jours de 1967. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saud al-Faysal, a confirmé la présence de son pays, l’Arabie Saoudite, à Annapolis tout en avertissant les autorités américaines que : « nous ne sommes pas prêts à participer à un show théâtral, avec des poignées de mains et des réunions qui n’expriment pas de positions politiques ». La Syrie, adversaire de longue date de l’État juif, a annoncé vendredi que les États-Unis avaient accepté d’inscrire la question du Golan à l’ordre du jour d’Annapolis, mais qu’elle réservait sa participation éventuelle à la lecture du programme des discussions.

Guy Senbel, de Guysen International News, écrit : « l’expression « conflit israélo-palestinien » est devenue caduque depuis que les Palestiniens sont partagés entre les terroristes, les partisans de la guerre permanente contre Israël d’une part et les modérés qui désirent l’instauration d’un État sur des bases démocratiques d’autre part. Hamas et Fatah sont même en guerre, terrible et sanglante. […] Israël aujourd’hui n’est pas en conflit avec l’Autorité palestinienne. […] Olmert et Abbas affirment désormais se battre ensemble contre le Hamas et les mouvements terroristes palestiniens ».

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mardi 27 novembre 2007

L’Islam, entre « Le coran, le pétrole et les dollars »

Le Dr Moustafa Mahmoud est un écrivain égyptien contemporain. « Sa démarche est à la fois celle d’un scientifique (qui relativise la portée philosophique de la science) et d’un mystique (qui ne se veut tributaire d’aucune “école”). Sans doute serait-il plus exact de parler ici d’un humanisme éclairé, dont la portée universaliste n’échappera pas au lecteur », écrit Marc Chartier. Dr Moustafa Mahmoud a publié un livre qui n’est pas passé inaperçu : « Dialogue avec un ami athée ». Il aborde la question du matérialisme et du capitalisme. « Si le capitalisme a reconnu à l’individu la liberté du gain allant jusqu’à l’exploitation d’autrui, alors que le communisme a annihilé entièrement cette liberté, l’Islam a préconisé une solution médiane : « Une part de ce que les hommes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra ; une part de ce que les femmes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra » (Coran : 4, 32) », écrit Moustafa Mahmoud. Il poursuit en ces termes : « L’individu est libre de rechercher le gain, mais il n’a pas le droit d’accaparer pour lui seul tout le profit qu’il a réalisé. Une part seulement lui revient ; une autre revient au pauvre à titre d’aumône, obligatoire ou volontaire, allant de 2,5 à 90 %. Cette part ne constitue pas une libéralité ou une faveur ; elle est un droit de Dieu sur le gain. En opérant ce partage, l’Islam a merveilleusement contribué à sauvegarder à la fois la liberté de l’individu et le droit du pauvre ».

Driss Boukhissimi, un immigrant musulman, vit au Québec. Ce professeur de mathématiques, de l’Université du Québec, est intervenu devant la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (communément appelée la Commission Bouchard-Taylor pour y affirmer simplement : « ne rien vouloir savoir des accommodements raisonnables ». « Je suis un musulman et j’arrive très bien à pratiquer ma religion sans déranger qui que ce soit », a plaidé cet homme d’origine marocaine devant la commission Bouchard-Taylor. « En venant ici comme immigrant, je savais qui j’étais et je savais que je m’installais dans un pays occidental avec État laïque. […] C’est à moi de m’adapter à ce qui se passe ici, car c’est moi qui ai choisi de venir ici », a indiqué ce pratiquant hors du commun. « Dans la religion islamique, il y a cinq obligations : professer sa foi, faire la prière cinq fois par jour, faire le Ramadan, donner une dîme pour les pauvres et aller à La Mecque quand c’est possible. Quand on ne fait pas ça, on est punis par Dieu », a-t-il ajouté. « Tout le reste n’est pas obligatoire. On n’est pas obligés de prier dans une mosquée avec un imam ou d’égorger un mouton le jour du sacrifice. Les femmes enceintes ne sont pas obligées de faire le Ramadan. Le problème, c’est que certaines personnes érigent ces pratiques en obligations et ce sont ces gens qui demandent des accommodements ».

Existe-t-il une vision moderne de l’Islam ? Et est-il possible que l’Islam puisse adopter une vision moderne ?

Comme le rapporte Afrik.com, « Amrou Khaled porte la moustache, pas la barbe. Il est pieux et moderne. Il est prédicateur mais s’habille en costume-cravate. Il aime Dieu et le Coran… « Il », c’est Amr Khaled, le nouveau visage de l’Islam dans le monde. […] Né en 1967 à Alexandrie dans une famille modeste mais intellectuelle, Amrou Khaled goûte aux charmes discrets de la bourgeoisie égyptienne grâce à ses bonnes manières plus que par ses connaissances religieuses. A défaut de maîtriser le tafsir (exégèse coranique) et d’être expert en théologie, il a de l’humour et du charisme. Il cible intentionnellement les gens d’influence, ceux « qui peuvent changer les choses » et déculpabilise les riches d’être riches : ils peuvent être pieux tout en maintenant leur prestige et leur pouvoir. Son discours connaît un impact particulièrement important sur la jeunesse dorée. Il est moralisateur mais pas trop et ses méthodes sont tout sauf austères. Les jeunes se reconnaissent dans son message : ils peuvent être musulmans tout en menant une vie normale - étudier, travailler, s’amuser et ressembler à n’importe qui d’autre. Son prêche « Al Shebab wa Al Seif » (la jeunesse et l’été) est devenu un classique : il y prône la tempérance, une sorte de « Sea, Coran and fun ».

Jeudi Investigation vient de consacrer, sur Canal +, un reportage sur le nouveau visage de l’Islam : « Le coran, le pétrole et les dollars ». Reportage qui vaut le détour.



Video I




Video II




Video III

lundi 26 novembre 2007

« Kyoto est l’erreur que le monde ne doit jamais répéter » (Stephen Harper)

Le Canada aurait-il commis deux erreurs : croire dans le protocole de Kyoto et élire les conservateurs à la tête de leur gouvernement minoritaire ? Pour rappel, consultez le site de Radio-Canada sur l’historique de ce protocole.

Stephen Harper s’est à nouveau lancé dans un discours anti-kyoto. Faut-il rappeler qui est Stephen Harper ? C’est l’homme qui, il y a cinq ans, avait qualifié l’entente de « projet socialiste coûteux » et avait tourné en ridicule la science du réchauffement climatique mondial. Sa position est donc connue. Sa légitimité l’est moins. Selon Harper, « Kyoto est l’erreur que le monde ne doit jamais répéter ». Nous pourrions tout autant reprendre ce slogan à notre compte et clamer, tout de go : « avoir élu les conservateurs est l’erreur que le Canada ne devra jamais plus répéter ».

M. Harper a refusé de s’engager fermement à établir des cibles spécifiques de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Il propose plutôt une contribution de la réduction des gaz à effet de serre qui « tient compte des circonstances propres à chaque pays ». Il soutient que tout accord qui n’inclut pas la Chine, l’Inde et les États-Unis est inutile. Le Canada et l’Australie étaient les seuls des 52 pays membres du Commonwealth à s’opposer à l’établissement de cibles pour combattre les changements climatiques

Les 53 pays, membres du Commonwealth, réunis à Kampala pour un sommet de trois jours en Ouganda, ont ainsi, grâce au Canada, étalé à la face du monde leurs divergences sur le dossier du changement climatique et rater une occasion d’assumer un leadership mondial en la matière. C’est de ce sommet que M. Harper, ne faisant pas l’unanimité sur la question environnementale, s’est livré, sans consultation préalable auprès de la population qu’il est supposé représenter, à une sortie en règle contre le protocole de Kyoto. Pire. À l’exemple de son voisin, Georges W. Bush, dont il emprunte de manière singulière quelques tics fort déplaisants, la position qu’il a défendue est la seule solution possible, à ses yeux. Il s’est même dit fier du résultat final. Les efforts de M. Harper ont donc permis d’élargir l’entente pour inclure des pays en voie de développement comme l’Inde mais en retirant toutes références à des cibles contraignantes pour les remplacer par des objectifs plus vagues. Il rejoint ainsi le vœu qu’émet depuis des mois Georges W. Bush.

Sur la base que le Protocole de Kyoto n’a pas réussi à imposer des cibles, en terme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, aux pays parmi les plus grands pollueurs du monde, comme les États-Unis, la Chine et l’Inde, Stephen Harper se fait l’artisan de l’enterrement du protocole – à ses yeux indésirable – en refusant une déclaration finale qui aurait comporté un engagement des pays industrialisés envers des cibles contraignantes. « Le Canada ne fait visiblement pas preuve de leadership dans ce dossier et joue un jeu dangereux », affirmait Arthur Sandborn, responsable de la campagne Énergie et climat de Greenpeace. Certains diplomates étrangers au sommet du Commonwealth, outrés, ont affirmé que la position canadienne est la recette parfaite pour que rien ne soit fait. Le seul leadership, dont se réclame le Premier ministre, Stephen Harper, est de s’appuyer et de s’aligner sur le groupe restreint qu’a créé le président américain, Georges W. Bush.

Pour Stephen Harper, la prochaine entente internationale en matière de lutte contre les changements climatiques devra prévoir des objectifs pour tous les pays, dont ceux aux économies émergentes, comme la Chine et l’Inde. Stephen Harper n’a pas hésité à affirmer que le Canada n’appuierait aucun nouveau traité comportant de telles lacunes. Le raisonnement du gouvernement minoritaire canadien est simple : Il est impossible d’avoir une entente efficace avec seulement 25 pour cent des pays qui acceptent leurs responsabilités. Tout le monde doit être à bord et ramer dans le même sens.

« Tous les pollueurs importants devront être de la partie, faute de quoi il n’y aura pas d’accord après la première phase de Kyoto, qui arrive à échéance en 2012 », soutiendra le Canada à Bali. Donc, à défaut d’inclure dans l’entente les États-Unis et les pays aux économies émergentes, comme la Chine et l’Inde, il faudra enterrer le protocole de Kyoto. Stephen Harper vient de perdre un premier allié, John Howard, un anti-Kyoto, qui vient d’être évincé du gouvernement en Australie, après 12 ans de règne. La défaite du Parti conservateur, aux élections australiennes, pourrait en effet changer le cours des événements, le Parti travailliste gagnant ayant promis la ratification du Protocole de Kyoto en campagne électorale. Stephen Harper perdra un autre allié, George Bush, qui quittera, en 2008, la Maison Blanche. Le Premier ministre canadien sera bien seul et peut-être voudra-t-il compter sur l’appui de la population canadienne. Ce qui est moins sûr. À moins que le Canada lui montre également la porte.

« Chaque Canadien produit en moyenne 20 tonnes de CO2 par an, comparativement à 3,84 tonnes pour la Chine et 1,2 tonne pour l’Inde », affirme Greenpeace. Et les pays industrialisés sont responsables d’environ 80 % de l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère alors qu’ils ne représentent que 25 % de la population mondiale. Qu’importe, pour Stephen Harper, le fait que, comme l’indiquait le secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon, certains petits pays insulaires de l’organisation sont déjà menacés d’être submergés par la montée du niveau des océans ?

La prochaine conférence internationale sur les changements climatiques se tiendra à Bali, en Indonésie, du 3 au 14 décembre. Les partis d’opposition ne sont pas invités à faire partie de délégation canadienne, contrairement à la tradition parlementaire qui veut que, lors d’événements du genre sur les changements climatiques, des représentants de l’opposition et de groupes environnementaux soient invités. À Nairobi, au Kenya, des députés et des environnementalistes canadiens s’étaient démarqués de la position officielle et avaient rappelé que le Parlement canadien avait voté pour le respect du protocole de Kyoto. Les partis politiques viennent donc s’ajouter à la liste des indésirables, qui compte déjà les écologistes, depuis la réunion de Bonn, en Allemagne, tenue au printemps 2006.

Stéphane Dion, le chef libéral, a fait valoir qu’il est crucial d’arriver à une entente pour qu’en 2013, « le plus grand nombre de pays aient accepté des cibles et que les autres aient aussi un rôle à jouer. Mais pour y arriver, il faut que certains pays prennent le leadership et Canada doit être l’un d’eux ». Thomas Mulcair, dans un commentaire enflammé, a déclaré : « Ce gouvernement ne cesse de s’abriter et de se cacher derrière l’incurie et l’incompétence des libéraux qui n’ont rien fait pendant 10 ans. Ils se cachent aujourd’hui derrière l’Inde et la Chine ». Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a adressé une lettre au président de la République d’Indonésie et président de la Conférence internationale sur les changements climatiques de Bali, le Dr. H. Susilo Bambang Yudhoyono. Il entend souligner que le gouvernement Harper fait tout pour ne pas respecter le protocole de Kyoto. « Ignorant son statut minoritaire », écrit M. Duceppe, « il a décidé de faire taire les voix discordantes en n’invitant pas les députés de l’opposition à la Conférence internationale sur les changements climatiques qui aura lieu à Bali du 3 au 14 décembre prochain. La tradition voulant qu’on invite les députés de l’opposition aux rencontres internationales importantes est pourtant bien établie à Ottawa ».

Monsieur Duceppe poursuit : « Alors que les partis d’opposition se sont entendus sur un échéancier comportant des réductions minimales, par rapport au niveau de 1990, de 20 % en 2020, de 35 % en 2035 et de 60 % en 2050, le gouvernement conservateur persiste à vouloir imposer un plan basé uniquement sur l’intensité des émissions », rappelle M. Duceppe. « Un plan qui n’aura qu’un impact négligeable sur la réduction des gaz à effet de serre et qui, même dans les scénarios les plus optimistes, ne permettra pas au Canada de descendre sous le niveau de ses émissions de 1990 avant… 2024 ! » (Cyberpresse).

Selon Stéphane Dion, qui a occupé sous l’ancien gouvernement libéral le portefeuille de l’Environnement, le Canada devrait, à l’image du Royaume-Uni pendant le sommet, encourager les pays plus pauvres à ne pas répéter ses erreurs et à adopter une approche de développement durable dès maintenant. Monsieur Dion a cité en exemple un pays comme la Suède qui a modernisé son économie avec ses politiques environnementales. Il croit que le Canada doit faire de même pour des questions économiques, environnementales et pour bien assumer son rôle au niveau mondial. Rendez-vous qu’aura raté Stephen Harper.

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vendredi 23 novembre 2007

Annapolis : poursuite d'un rêve brisé

Afin de ne pas remonter trop loin dans le temps, un simple rappel du mois d’octobre dernier suffira. En déplacement à Ramallah, en Cisjordanie, le 15 octobre dernier, Condoleezza Rice estime qu'il est « temps de créer un État palestinien » à côté d'Israël. Son opinion est claire et tranchée : « il est absolument essentiel pour l'avenir, pas seulement celui des Palestiniens et des Israéliens, mais aussi pour le Proche-Orient et certainement dans l'intérêt des États-Unis ». Washington règle le jeu : « les participants doivent arriver avec un projet commun solide abordant les questions clefs: frontières, statut de Jérusalem, sort des implantations juives et retour des réfugiés palestiniens ayant fui Israël ». La conférence d’Annapolis devra déboucher sur des résultats : « Franchement, nous avons mieux à faire que d'inviter les gens à Annapolis pour une photo », avait lâché Mme Rice. À cette occasion, Mahmoud Abbas avait demandé aux États-Unis, par les soins de cette dernière, d'intervenir pour empêcher l'extension des colonies juives et la poursuite de la barrière de sécurité séparant Israël et la Cisjordanie. Pour madame Rice : « franchement, le temps est venu de créer un État palestinien », avait-elle déclaré. C’est à cette même occasion que la secrétaire d'État américaine déclare que : « le président américain George Bush a décidé de faire de la résolution du conflit israélo-palestinien une des principales priorités de son gouvernement ».

La cheffe de la diplomatie américaine est consciente que la route sera cahoteuse, d’autant plus que, déjà, en conseil des ministres, le Premier ministre Olmert laisse entendre que les divergences sont profondes, Israël considérant que l'objectif était d' « arriver à une déclaration commune pendant la conférence internationale ». La ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, est nommée à la tête de l'équipe israélienne qui négociera les grandes lignes d'un accord de paix final avec l'Autorité palestinienne. De « faucon », rejetant tout compromis avec les Palestiniens, Tzipi Livni, 49 ans, bascule maintenant dans la position qui préconise la création d'un État palestinien.

Dès octobre 2007, malgré quelques signes qu'elle voudrait bien encourageants, Condoleezza Rice ne pense donc pas que sa visite, au Proche-Orient, puisse faire suffisamment avancer les choses sur cette déclaration de principes au point que les invitations puissent être lancées pour la conférence, qui devrait se tenir à Annapolis, dans le Maryland. Elle multiplie néanmoins les démarches pour obtenir des appuis à la démarche du président Georges W. Bush. Elle obtient dans les jours qui suivent un soutien modéré de l'Égypte à ses efforts pour rapprocher Israéliens et Palestiniens avant la conférence de paix sur le Proche-Orient. Il faut dire que les alliés arabes de Washington ne cachent même plus leur scepticisme, craignant que ce sommet ne soit purement symbolique tout en décalant le processus de paix israélo-palestinien. Personne n’est dupe. Le fossé est encore grand : les Palestiniens veulent que le document - devant être adopté lors de ce sommet - aborde les questions clés du conflit alors que le Premier ministre israélien Ehoud Olmert souhaite qu'il s'en tienne à des déclarations plus vagues.

Lors de son séjour au Proche-Orient, en octobre dernier, Condoleezza Rice avait pu visiter l'Église de la Nativité à Bethléem, en Cisjordanie. Elle en était ressortie fortement émue. « Être ici, à l'endroit où est né mon Seigneur et Sauveur Jésus Christ est une expérience très spéciale et très émouvante », a-t-elle confié. « C'est aussi pour moi, je pense, le rappel que le prince de la paix est toujours avec nous ». Elle a par la suite expliqué que sa visite à Bethléem doit contribuer à convaincre les populations du Proche-Orient que les États-Unis veulent les aider à trouver un accord de paix. Par ce geste symbolique, Condoleezza Rice, entendait inciter Israël et les Palestiniens à reprendre rapidement des négociations de paix.

Début novembre. Madame Rice revient, pour deux jours, au Proche-Orient, son huitième voyage dans la région cette année. Son objectif est de lever les obstacles à la tenue d'une conférence internationale à la fin de l'année aux États-Unis. La tâche est laborieuse. Son homologue, la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, ne lui cache pas les « problèmes » rencontrés dans la mise au point du document conjoint avec les Palestiniens. Par la même occasion, Tzipi Livni, précise à madame Rice que tout accord diplomatique n'est possible que si les Palestiniens luttent contre le terrorisme. Le principal obstacle est toujours le même : les Palestiniens souhaite que le document fasse état de principes généraux pour résoudre les grandes questions qui les divisent, alors que les Israéliens ne veulent pas qu'il aille aussi loin. Les Palestiniens ne sont pas satisfaits de cette volonté des Israéliens de rester dans le vague, et de leur refus de fixer un calendrier pour la conclusion d'un accord de paix. Les Palestiniens s'opposent à ce que le texte fasse référence à Israël comme « la patrie du peuple juif », ce qui reviendrait à renoncer au droit au retour des réfugiés palestiniens poussés à l'exil lors de la création de l'État hébreu en 1948.

Les deux interlocutrices conviennent en même temps que la Syrie pourra assister à la conférence d’Annapolis à la condition qu’elle accepte le fait que la conférence ne traitera que des relations israélo-palestiniennes sans référence au plateau du Golan, pris par Israël à la Syrie pendant la guerre de 1967.

Dans l'impasse depuis plus de sept ans, échaudés par l'échec des accords israélo-palestiniens passés dont ceux d'Oslo sur l'autonomie, les Palestiniens veulent savoir quand les pourparlers prendront fin pour enfin aboutir à la création d'un État palestinien indépendant. Il est donc nécessaire, pour eux, qu’une date-butoir soit fixée. Or, l'État hébreu ne veut pas fixer de date-butoir. Les négociateurs palestiniens déplorent que les deux parties n'aient même pas commencé à discuter des problèmes les plus importants. « Nous sommes encore au début et le temps passe vite », soulignent-ils. En réponse, et malgré tout, Condoleezza Rice réitère le vœu qu'un accord de paix israélo-palestinien soit conclu d'ici la fin du mandat de l'administration Bush, soit dans à peine plus d'un an, une manière pour Washington de fixer une date-butoir aux négociations à venir.

Comme l'indique une dépêche d'Associated Press, de l'époque, « en plus des divergences entre les deux camps, les violences qui se poursuivent dans la Bande de Gaza, qui est désormais aux mains du Hamas, n'arrangent rien. De ce territoire palestinien, des militants tirent fréquemment des roquettes sur le sud d'Israël. L'armée israélienne a fait feu dans le nord de la Bande de Gaza en réponse à un tir de roquette contre Israël, tuant trois civils palestiniens. Dans une autre opération, Tsahal a tué un membre du Djihad islamique ».

À la mi-novembre, devant l'ONG américaine United Jewish Communities, Condoleezza Rice déclare, dans une allocution, que « l'enjeu n'est autre que l'avenir du Proche-Orient ». Selon madame Rice, « les conditions pour le règlement du conflit israélo-palestinien sont désormais réunies, l'État hébreu dispose maintenant d'un interlocuteur légitime en la personne du président palestinien Mahmoud Abbas ». Elle a affirmé sa conviction que : « la sécurité de l'État juif démocratique nécessite la création d'un État palestinien responsable », et que : « l'échec de ces pourparlers de paix n'étaient pas une option ».

Puis ces derniers jours, le vent a tourné. Le pessimisme était de rigueur. Pour Condoleezza Rice, les États-Unis tenteraient maintenant d'encourager la conclusion d'un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens au cours des 12 prochains mois, tout en avertissant qu'il n'y avait aucune garantie de succès. La date de la rencontre est maintenant fixée : les 27 et 28 novembre 2007. Outre les États-Unis, 48 pays ou organisations internationales sont invités à y participer. Force est de convenir, qu'après ces multiples démarches diplomatiques, Condoleezza Rice n'a pas réussi à vaincre le scepticisme des pays arabes, ni à faire progresser les discussions préliminaires. Elle estime toutefois que le lancement des négociations israélo-palestiniennes, la semaine prochaine à Annapolis, suffirait à faire de la réunion un succès. La barre a été ramenée à un niveau plus modeste.

À quelques jours de l’ouverture de la conférence d’Annapolis, le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, a confirmé que les constructions et l’expansion des colonies juives, en Cisjordanie, se poursuivront. Dans une interview au journal japonais Tokyo Shimbun, le président israélien Shimon Peres vient d’affirmer qu'un accord avec les Palestiniens avant la fin du mandat Bush était en pratique impossible. Ce qui réduit considérablement l’hypothèse, avant la fin de son mandat, de voir Georges W. Bush consacré le « père » de la vision des deux États, Israël et la Palestine.

Au gré de ces fluctuations, les représentants de la Ligue des États arabes tiendront une réunion de consultations suivie, vendredi matin, d'une rencontre extraordinaire dirigée par le chef de la diplomatie saoudienne, Saoud al-Fayçal. « La principale question à l'ordre du jour est de convenir si la participation arabe (à la réunion d'Annapolis) sera décidée de manière collective ou individuelle », a expliqué Hicham Youssef, un responsable à la Ligue arabe. L’Égypte mène des concertations notamment avec l’Arabie saoudite et la Jordanie afin de s’entendre sur une position commune lors de la conférence. Le président palestinien Mahmoud Abbas participera à la réunion vendredi et présentera un rapport détaillé sur les résultats des derniers entretiens palestino-israéliens.

Le président égyptien, Hosni Moubarak, avait préalablement invité le Premier ministre, Ehud Olmert, à assurer le succès de la conférence de paix d'Annapolis et de lancer des négociations sur un règlement définitif selon un mécanisme convenu et dans un temps donné. Il souhaite que la Feuille de route soit la base des discussions d’Annapolis. Le monde arabe a peur que cette réunion de paix soit une perte de temps si elle ne traite pas les sujets de fonds du contentieux. En réponse, Ehud Olmert a déclaré : « Est-il possible, après soixante ans, de s'asseoir tout d'un coup et de régler nos problèmes en une semaine? » s'est-il interrogé, tout en ajoutant : « J'ai confiance néanmoins que nous pourrons aboutir à un accord si nous agissons avec responsabilité ».

D’autres problèmes devront également être abordés à Annapolis. Au point de départ, les États-Unis voulaient limiter la réunion à un soutien public de certains alliés clés aux négociations bilatérales entre Israéliens et Palestiniens. Condoleezza Rice a dû reconnaître que la conférence ne se limiterait plus au dossier israélo-palestinien : « personne ne nie qu'il va falloir un jour résoudre le volet israélo-syrien, le volet israélo-libanais, et qu'en fin de compte, il faudra qu'il y ait une normalisation des relations entre Israël et le monde arabe ». L'Arabie saoudite n'a jamais reconnu Israël et aucun haut responsable saoudien n'a jamais discuté en public avec des responsables du gouvernement israélien. Leur présence à Annapolis serait donc un gain pour l’administration de Georges W. Bush.

Damas exigé, encore une fois, de pouvoir aborder la question du Golan occupé par Israël. En conséquence, un volet « paix globale » a été ajouté à l'agenda pour intégrer les discussions sur les volets israélo-libanais et israélo-syrien du processus de paix. La Syrie pourra donc s'exprimer à Annapolis, si elle le souhaite.

Madame Rice a prévenu que le document que M. Olmert et le président palestinien Mahmoud Abbas prévoyaient de faire approuver à Annapolis ne sera plus une déclaration de principe, comme cela avait été envisagé. A la tête de la diplomatie américaine, depuis 2005, Mme Rice n'aura toujours pas obtenu, à ce jour, la signature d'aucun traité de paix ni accord international majeur, et aucun des grands dossiers auxquels elle s'est attelée n'a été réglé. À Annapolis, la tâche s’annonce fort difficile. Les attentes, d’importantes qu’elles étaient en début d’année, ne cessent de rétrécir comme une peau de chagrin.

La conférence d’Annapolis pourra-t-elle faire mieux que le Conseil de sécurité des Nations-Unies : jusqu'à ce jour, les pays membres, détenteurs du droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, ne se sont pas encore prononcés sur le droit des Palestiniens à ériger leur État indépendant. Les résolutions 242 de 1967 et 338 de 1973, du Conseil de sécurité de l’ONU, exigeant le retrait d’Israël des territoires arabes occupés en 1967 (palestinien, syrien et libanais), n'ont jamais été exécutées. En quoi dès lors la rencontre d’Annapolis changera-t-elle le cours de l’histoire ?

Selon Michael Hirsch, de NewsWeek, en 2001, Bill Clinton avait révélé que, contrairement à ce qu'il était convenu de croire après la fin du sommet de Camp David, le 25 juillet 2000, le dossier clé qui a fait capoter les négociations, qui touchaient à leur phase finale, n'était pas la division de Jérusalem Est, entre Israéliens et Palestiniens, mais l'exigence palestinienne d'un « droit au retour » des réfugiés vers Israël. Sur Jérusalem, a-t-il indiqué, les deux parties en étaient déjà à marchander la terminologie du texte final ayant trait à qui aurait la souveraineté sur quelle partie du Mur Occidental. Mais Arafat avait continué d'exiger qu'un grand nombre de réfugiés palestiniens, surtout des guerres de 1948 et 1967, soit autorisé à retourner - un nombre dont, selon Clinton, tous les deux savaient qu'il était inacceptable aux yeux des israéliens.

Qu’en sera-t-il cette fois-ci ?

(Sources : AFP, Associated Press, Cyberpresse, Le Monde, Presse canadienne)

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mercredi 21 novembre 2007

Afghanistan et Unicef : le Canada est épinglé !

Le 20 novembre, c’était la Journée mondiale de l’enfance.

Les relations du Canada avec les enfants en font un pays qui est pointé du doigt, en moins d’une semaine. D’un côté, le Canada est montré du doigt pour ne pas avoir respecté les droits des enfants en Afghanistan. De l’autre, une nouvelle étude d’Unicef montre que le Canada n’a pas été en mesure d’améliorer concrètement le bien-être socio-économique et sanitaire de ses enfants.

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Les informations en provenance de l’Afghanistan sont déplorables : « Il est renversant » a déclaré la députée néo-démocrate Dawn Black, « que des Canadiens transfèrent des enfants aux autorités afghanes quand nous savons que la torture est une pratique routinière en Afghanistan ». Les Canadiens ont appris la triste réalité : des documents officiels, obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, indiquent clairement que les directives, données aux soldats canadiens lorsqu’ils capturent un prisonnier mineur, notamment à l’article 31, sont de transférer le plus rapidement possible ces prisonniers aux autorités afghanes.

Selon le Globe and Mail, le Canada sait depuis au moins février 2007 qu’on pratique la torture dans les prisons afghanes. Le premier ministre et ses ministres en nient le fait depuis des semaines. Et si les faits sont avérés, le gouvernement Harper se contente d’en minimiser les impacts. Le gouvernement du Canada, au mépris des droits humains, déclare faire confiance au gouvernement Karzaï. Ce gouvernement afghan n’a-t-il pas créé une commission des droits et libertés pour assurer un suivi du sort réservé à ces prisonniers ? Sauf que cette commission n’a ni l’autorité ni les ressources nécessaires pour exécuter son mandat. Au grand déplaisir du gouvernement du Canada, Karzaï a dû reconnaître que la torture se pratiquait toujours dans son pays. « Merci mon Dieu, notre gouvernement agit mille fois mieux que dans le passé, mais il y a encore des cas où les gens sont menacés, même torturés », avait déclaré, il y a deux semaines, Hamid Karzaï.

Selon le député de Bourassa, Denis Coderre, des documents révèlent qu’un gardien de prison, un certain Muhammad Nadir, a été accusé de viols sur des enfants enfermés dans sa prison. Arrêté au début de 2007, pour le viol d’un mineur à la prison de Sarpoza, Nadir a été innocenté, selon les écrits des fonctionnaires canadiens, par un juge qui a estimé qu’un homme de 50 ans, sous l’emprise de l’alcool, ne pouvait physiquement commettre un tel crime. Les fonctionnaires ajoutent, dans leur rapport, que « les Nations unies jugent que cet incident est une violation majeure des droits humains et suivent le dossier de très près ». Il convient de répéter que, pendant la première semaine du scandale sur les tortures en Afghanistan, le premier ministre Stephen Harper et le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, avaient affirmé qu’il n’existait aucune preuve de torture.

Le Globe and Mail, La Presse et Le Devoir ont, ces derniers mois, fait état fréquemment des propos de prisonniers qui soutiennent avoir été torturés par la National Directorate Security (les services secrets afghans) après avoir été capturés par les Forces canadiennes. Le Canada a reçu l’appui – dans son mutisme sur la question – du French Doctor, Bernard Kouchner : « Je fais entièrement confiance à la manière dont nos amis canadiens s’assurent du respect des Droits de l’Homme et des conventions internationales », a déclaré le chef de la diplomatie française en rencontre de presse. Le ministre des Affaires étrangères de la France, qui recevait à Paris son homologue canadien, n’a pas précisé la position de la France sur cette question de transfert des prisonniers afghans.

Kouchner a formulé le vœu que la France et le Canada s’associent pour ouvrir l’accès aux soins de santé des populations civiles de la région de Kandahar. D’un côté on soigne les malades, les blessés. De l’autre, on livre aux tortionnaires afghans les prisonniers de guerre : adultes comme enfants. Logique de guerre qui a oublié ce que signifie compassion. En même temps, de Paris, le ministre Maxime Bernier a affirmé sa volonté de voir le gouvernement afghan « respecter ses obligations internationales » en matière de traitement des prisonniers. Cette question, lorsqu’elle lui est adressée, le ministre l’évite ou la tourne en dérision.

Notamment lorsque le Parti libéral, le Bloc québécois et le NPD ont demandé au gouvernement qu’il ordonne un moratoire sur les transferts de prisonniers. Le ministre de la Défense, Peter MacKay, a reproché au député de Bourassa, Denis Coderre, d’être obsédé par le sort des prisonniers talibans, « alors que les mains des talibans sont souillés du sang de soldats canadiens et d’innocents Afghans ». Selon l’opposition canadienne, le sort des prisonniers talibans devrait désormais être sous la responsabilité globale de l’OTAN et non plus entre les mains de chacun des pays de la coalition occidentale. Aucun commentaire, à ce sujet, n’est venu de Bernard Kouchner, le ministre français.

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Sur un autre plan, la section canadienne du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) révèle que le Canada compte l’un des plus hauts taux, au sein des nations industrialisées, d’enfants sous la responsabilité de l’État ou dans un centre de détention. Ce taux est plus élevé en ce qui concerne les autochtones. Un enfant sur six vit dans la pauvreté au Canada, un pourcentage inchangé depuis une génération. Les enfants des populations autochtones sont les plus vulnérables. Leur taux de pauvreté est près de trois fois supérieur à celui des autres enfants canadiens. Environ 1,1 million de jeunes de moins de 20 ans, soit environ 15%, ont des problèmes de santé mentale (anxiété, dépression, dépendance), mais seulement un sur cinq est traité. Quelques points positifs ont été notés par l’Unicef : éducation équitable, amélioration de la protection de l’enfance et des soins de santé pédiatriques, incluant des programmes de vaccination et appui en matière d’allaitement maternel.

Une coalition d’organismes québécois et internationaux, (UNICEF Québec, la Fondation pour la promotion de la pédiatrie sociale et le Bureau international des droits des enfants, section Québec), demande au gouvernement du Québec de nommer un commissaire aux enfants d’ici 2009. Selon la coalition, les gouvernements à Québec et à Ottawa n’ont fait que des petits pas en termes de respect des obligations décrites dans la Convention. Pour rappel, le Canada avait, il y a quinze ans, ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies. L’objectif était d’améliorer concrètement le bien-être socio-économique et sanitaire de ses enfants.

La coalition s’inquiète de la violence faite aux enfants au Québec, au Canada et dans plusieurs pays industrialisés. Selon elle, le non-respect des droits de l’enfant :

  • - favorise une dégradation de la santé psychique et physique des enfants ;
  • - génère également des problèmes sociaux à long terme.

Parmi les problèmes engendrés par le non-respect des droits de l’enfant, on compte :

  • - le décrochage scolaire ;
  • - la prolifération des gangs de rue ;
  • - l’analphabétisme des adultes ;
  • - d’autres problèmes sociaux.

Il convient en ce lendemain de la Journée mondiale de l’enfance de rappeler ces mots de Julien Green : « Les enfants sont les personnes les moins bien comprises de la terre, et c’est parce que la terre est gouvernée par des grandes personnes qui ont oublié qu’elles furent aussi des enfants » (Mon premier livre en anglais).

Vidéo : réseau anglais d’AlJazeera - 06 mai 2007 ; pour voir la suite, rendez-vous sur AlJazeeraEnglish

mardi 20 novembre 2007

« Le pétrole est la source de toutes les agressions dans le monde » (Hugo Chavez)

Le roi Abdallah, d'Arabie saoudite, avait proposé un ordre du jour qui devait mettre en valeur l’effort du groupe de l’OPEP pour contrer l'impact écologique de l'industrie pétrolière. L’horaire a été particulièrement perturbé par le président vénézuélien Hugo Chavez. Dans son discours, lors du 3ième Sommet de l'OPEP, samedi, à Ryad, le président vénézuélien, dont son pays était l’hôte du 2ième Sommet du cartel en 2000, a soutenu que l'OPEP pouvait agir comme « un puissant acteur pour combattre l'injustice » et développer la paix. Le président Chavez a bousculé un peu tout le monde en défendant la politique selon laquelle le cartel pétrolier devrait jouer le rôle de « dirigeant » dans le tiers monde, en protégeant les pays en développement et en encourageant l'utilisation rationnelle du pétrole.

En bon provocateur qu’il est, faisant le signe de croix et invoquant le Christ au pays de l'islam, Hugo Chavez a, dans son discours, rappelé les 47 ans d'histoire de l'OPEP ainsi que les deux précédents sommets de l'organisation, tenus respectivement en Algérie en 1975 et au Venezuela en 2000. Le seul moyen pour réaliser la justice et la paix dans le système politique mondial, selon Chavez, est d'approfondir la coopération entre les États membres de l'OPEP. « Nous savons (...) que l'unique chemin de la paix, comme l'a dit le Christ, c'est la justice », a déclaré Hugo Chavez devant le roi Abdallah, dont le titre officiel est « Serviteur des Deux Saintes Mosquées ».

Bien évidemment, il fut largement question, à ce 3ième Sommet, de la faiblesse du dollar américain. Le vice président de la Banque Centrale chinoise, Xu Jian, n’a-t-il pas déclaré récemment que le dollar « perdait son statut de devise mondiale » ? La Banque d’Irak a rejoint le concert en annonçant qu’elle allait diversifier ses réserves et qu’elle ne compterait plus uniquement sur le dollar. Les prix mondiaux du pétrole sont libellés en dollars dont la baisse continue diminue d'autant les revenus des pays producteurs. Elle contribue aussi à la flambée du pétrole qui devient une valeur refuge pour les spéculateurs.

Chavez, fort de cette conjoncture, a souligné qu’une responsabilité accrue des États pétroliers, dans le contexte d'une hausse massive du prix du brut, pourrait être une manière de compenser la faiblesse du dollar. Il a invité ses homologues à envisager l’hypothèse, pour protéger l'économie mondiale de la faiblesse du dollar US, que les transactions pétrolières internationales ne soient plus facturées dans cette monnaie, proposition qui contraindrait les États-Unis à assumer seuls le coût de leur économie de guerre et qui aurait pour conséquence de provoquer leur faillite totale en quelques heures. En formulant cette proposition, il s’appuyait sur trois exportateurs majeurs de pétrole, la Russie, le Venezuela et l’Iran qui demandent des paiements en euros à la place du dollar. En deux ans, le billet américain a perdu 25 % de sa valeur face à l'euro et cette baisse affecte les revenus des pays producteurs de pétrole. Le président équatorien, Rafael Correa, a soutenu, plus tard, s’appuyant sur la lancée d’Hugo Chavez, qu'il « convenait mieux aux pays producteurs de faire des transactions pétrolières en monnaie forte ».

L'Arabie saoudite s'y oppose, bien évidemment, car elle craint « des conséquences négatives » sur ses revenus. « Nous ne voulons pas que le dollar s'effondre », s’est défendu le chef de la diplomatie saoudienne, Saoud Al-Fayçal, appuyé par quelques autres membres du cartel qui ont adopté une position similaire à celle de l'Arabie saoudite.

M. Chavez a terminé son allocution, qui a excédé de beaucoup la durée prévue par le programme, par une salve contre son ennemi privilégié, les États-Unis, en déclarant qu’ils sont à l'origine de tout ce qui se passe dans le monde, plaidant que « le pétrole est la source de toutes les agressions dans le monde ». Tout en développant cette hypothèse, Chavez a proposé la création d'une banque de l'OPEP. Les raisons en seraient que : « nous pouvons mettre toutes les ressources dans cette banque » pour que le cartel puisse chercher de nouvelles ressources et renforcer la coopération dans la réduction des changements climatiques.

L'OPEP comprend les 12 pays exportateurs de pétrole: l'Algérie, l'Angola, l'Indonésie, l'Iran, l'Irak, le Koweït, la Libye, le Nigeria, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Venezuela. L'Équateur est devenu officiellement samedi le 13ième membre de l'OPEP au cours du sommet de l'Organisation à Ryad. L'OPEP contribue à 40% de la production de pétrole du monde entier et contrôle 80% des réserves pétrolières globales. Les 12 pays produisent actuellement environ 32 millions de barils de pétrole par jour. L'Équateur produit environ 500.000 barils de pétrole par jour, très loin derrière l'Arabie saoudite, qui en produit environ 9 millions. Le Venezuela pour sa part en produit quelque 2,4 millions de barils de pétrole par jour.

Si l'Iran, qui vend déjà son pétrole essentiellement en euros pour faire face aux sanctions imposées par les États-Unis, n’a pu obtenir des autres pays de l'OPEP que mention soit faite de « la dépréciation continue du dollar » dans la déclaration finale du sommet, cette dernière demande toutefois « aux ministres de l'Énergie et des Finances d'étudier les manières d'améliorer la coopération financière entre membres de l'OPEP, y compris les propositions de certains chefs d'État ». Ces derniers examineront aussi la possibilité de créer un panier de devises pour remplacer le dollar.

« Un panier de devises assure une plus grande stabilité qu'une seule monnaie, mais au sein de l'Organisation, ce qui ferait plaisir à l'un ne ferait pas plaisir à l'autre. Ce n'est pas évident sur le plan technique et il y a forcément un signal politique que certains membres de l'OPEP ne veulent pas donner », a commenté Saif Nachet, du Forum international de l'Énergie. Coter le pétrole dans une autre devise que le dollar n'est pas la solution. « Si demain vous valorisez la valeur du pétrole en euros, ça veut dire que les acheteurs de pétrole devront se procurer des euros en vendant des dollars pour se procurer le pétrole », a souligné Saif Nachet à AFP. « Que ferait-on alors si dans deux ans l'euro revient à son niveau de lancement (1,16 dollar environ)? Rappelez-vous, il y a trois ans, on disait que l'euro était trop faible », avance-t-il.

Pour sa part, Hugo Chavez n'était pas mécontent de cette déclaration : « Le plus important est que nous ayons obtenu que les ministres des Finances étudient la proposition. Parce que le dollar est en chute libre [...] Il faut que l'impérialisme du dollar se termine », a commenté le président vénézuélien Hugo Chavez.

Les prix du pétrole ont augmenté d'environ 70 % depuis un an, le prix du baril frôlant des « niveaux quasi records » à 100 $US. Les membres de l'OPEP attribuent essentiellement ces prix à la spéculation financière. Ils ont indiqué ces derniers jours qu'il ne fallait pas s'attendre à une augmentation de leur production, en dépit du haut niveau des cours.

Le ministre algérien du pétrole, Chakib Khelil, a déclaré au quotidien Le Monde que : « Il y a assez de pétrole sur le marché, d'autant qu'on assiste à un fléchissement de la demande ». Il juge peu probable que le baril crève rapidement le plafond des 100 dollars, même s'il ne voit pas de recul des cours avant le 2e trimestre 2008. Le cartel n'a guère de raisons de répondre aux pays consommateurs qui lui demandent de produire plus. M. Khelil, qui deviendra président de l'OPEP début 2008, rappelle que la hausse de production de 500 000 barils par jour au 1er novembre n'a eu aucun effet sur les cours. « A quoi sert de pomper plus si personne n'est là pour acheter », dit-il, soulignant « le manque de capacité de raffinage » dans les pays industrialisés.

Une question fut également débattue, soulevée à nouveau par Hugo Chavez : « L'OPEP peut-elle devenir un acteur politique et géopolitique »? À partir de cette hypothèse, Hugo Chavez a lancé – sur un ton de la provocation, comme cela lui sied dans les circonstances – cette menace directe : « Si les États-Unis commettent la folie d'envahir l'Iran ou d'agresser à nouveau le Venezuela, alors le prix du pétrole n'atteindra pas 100 dollars, mais 200 dollars ». Le roi Abdallah d'Arabie saoudite a estimé pour sa part que le pétrole ne devait « pas se transformer en outil de conflit ». Selon lui, l'OPEP a « deux objectifs principaux : la protection des pays membres et de l'économie mondiale » et s'oppose aux « perturbations inopinées des prix du pétrole ». Le souverain saoudien a également annoncé la création d'un fonds doté de 300 millions de dollars pour la protection de l'environnement, financé par l'Arabie saoudite.

Sur un autre plan, depuis quelques années, l'Iran et le Venezuela développent une intense coopération et s'opposent, sur la scène internationale, à la politique étrangère de Washington. Hugo Chavez a quitté Riyad pour se rendre à Téhéran, accompagné de cinq ministres (Affaires étrangères, Pétrole, Industrie, Télécommunications et Intérieur) et du maire de Caracas, afin d’aborder une série de dossiers bilatéraux, régionaux et internationaux avec son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad. Parmi ces dossiers figure la mise au ban des banques iraniennes. Puisque la plupart des banques européennes et américaines ne font plus affaire avec la République islamique, les deux pays se sont aussi entendus pour créer une banque irano-vénézuélienne. M. Chavez a dit qu'il espérait que « d'autres pays se joignent ». Les deux présidents ont discuté la création d’un fond commun d’investissement pour la promotion de la coopération industrielle dans les secteurs de l’ingénierie et de la pétrochime. Profitant de l’occasion, Hugo Chavez, comme à son habitude, a déclaré considérer l’Iran comme sa deuxième maison.

Renaud Girard, du quotidien Le Figaro, a publié un article de fond consacré à Hugo Chavez au moment même où ce dernier est attendu en France pour informer le président Sarkozy sur l'état de la situation d'Ingrid Betancourt. Renaud Girard constate que les américains n’ont vraiment pas de chance. Ils en avaient presque fini, pour cause de maladie, avec Castro, et voilà que, dans les mêmes Caraïbes, un autre leader charismatique a repris le flambeau de la « lutte anti-impérialiste ». Le journaliste français décrit en ces termes Hugo Chavez, l’orateur : « L’incontinence verbale de Chavez ne ressemble pas à celle des discours fleuves de Castro, structurés par la vulgate marxiste. Plus doué que le meilleur des télévangélistes américains, Chavez offre toujours un grand show, nourri de digressions, savantes ou non, d’anecdotes, d’imprécations, de blagues ». « Chavez n’a que faire de l’opinion qu’ont de lui les intellectuels de son pays, car il sait que son éloquence fantasque plaît dans les barrios. Chavez est perçu comme un père protecteur et nourricier, venu du peuple et proche du peuple. L’argent étatique du pétrole y fait des merveilles », poursuit le journaliste.

Des intellectuels français, dans le cadre de cette visite et au regard du nouvel opportunisme humanitaire de Chávez, ont signé, dans Libération, une lettre dénonçant le fait que « le nouveau texte constitutionnel, que soumet Hugo Chavez au référendum de décembre 2007, propose la réélection indéfinie du président et il entend supprimer tout contrôle des pouvoirs de l’État sur les actions de l’exécutif. Il constitue une véritable entorse aux principes fondamentaux de la démocratie et de l’État de droit. La tenue d’un référendum ne garantira pas l’expression d’un suffrage impartial car, depuis des années déjà, le Conseil national électoral, instance chargée de superviser les processus électoraux au Venezuela, est placé sous la coupe du gouvernement et de ses partisans. Quant au vote électronique, instauré dans le pays depuis 2004, il se prête à toutes les manipulations ».

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lundi 19 novembre 2007

Pour avancer vers la paix, Israël doit mettre un terme au développement des colonies (B. Kouchner)

Bernard Kouchner aurait-il, une fois de plus, été mal cité ? En visite à Jérusalem, puis par la suite à Ramallah, le ministre a réagi vivement à la publication d’une interview dans Haaretz et à la façon « horrible », selon lui, avec laquelle le quotidien israélien a interprété ses déclarations sur le nucléaire iranien.

Selon le titre du quotidien Haaretz, Paris « n'exclut pas une frappe militaire contre l'Iran ». M. Kouchner s'est dit « vraiment surpris » de découvrir cette position de la France car il allait de soi que l'article de Haaretz supposait erronément un durcissement de la position de Paris face à Téhéran.

La position de la France est « très claire » et « n'a pas changé du tout ». Téhéran a le droit au nucléaire civil mais elle ne peut pas accepter la bombe. Selon le quotidien Haaretz, qui cite Bernard Kouchner : « La France a l'intention de continuer avec une grande détermination sur cette voie, qui est la seule façon de trouver une solution négociée, la seule qui nous empêchera d'avoir un jour à affronter le dilemme de « une bombe iranienne ou bombarder l'Iran ».

Pour rappel, Nicolas Sarkozy avait, le 7 novembre à Washington, réaffirmé que « la perspective d'un Iran doté de l'arme nucléaire (était) inacceptable pour la France » et qu'il fallait « convaincre l'Iran de faire le choix de la coopération, du dialogue et de l'ouverture ».

Le 17 décembre prochain, 80 pays et organisations internationales se réuniront, en principe à Paris, à l'issue de la réunion d’Annapolis, pour financer l'émergence d'un « État palestinien », sous forme d'aides budgétaires et de financement de projets concrets, dans les domaines économiques mais aussi de la justice ou de la sécurité. Bernard Kouchner est à Jérusalem pour parler d’Annapolis qui devrait mener à la conférence (des donateurs) de Paris qui deviendra dès lors le lieu où une certaine consistance sera donnée aux décisions et perspectives acceptées à Annapolis.

La déclaration du ministre Bernard Kouchner sur la réunion de paix d'Annapolis aux États-Unis ne déborde pas d’enthousiasme : « Si la conférence d'Annapolis se tient, ce sera déjà un événement considérable. Si elle ouvre le champ des possibles sur des sujets précis, difficiles, ce sera encore une autre étape pour donner corps à l'idée tant de fois espérée d'un État palestinien ». À l’issue de sa rencontre avec le Premier ministre, Ehud Olmert, et son homologue israélienne, Tzipi Livni, le ministre s'entretiendra avec le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre Salam Fayyad à Ramallah (Cisjordanie). M. Kouchner doit également rencontrer le représentant du quartette international (États-Unis, Russie, UE, ONU) sur le Proche-Orient, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

La réunion de paix d'Annapolis, dont il faut dire que ni la date précise ni l'ordre du jour n'ont encore été annoncés, pourrait, selon des sources diplomatiques, avoir lieu le 27 novembre prochain. Les États-Unis n'ont pas encore rendu publique la liste des invitations. En l’absence d’une date et d’une liste des invités (invitées), Bernard Kouchner annonce qu’il se rendra tout de même à Annapolis : « Il y a beaucoup de chances qu'Annapolis se tienne, et que la France y soit représentée par son ministre des Affaires étrangères ». Et la France, selon monsieur Kouchner, y jouera un rôle important : « Le terme de la négociation pour la conférence d'Annapolis est proche, donc les positions se raidissent... il y aura celle (conférence des donateurs) de Paris, qui donnera du corps à tout cela, pour la vie quotidienne des Palestiniens » (RFI).

Selon le chef de la diplomatie saoudienne, Saoud al-Fayçal, les pays arabes se réuniront le 22 novembre pour arrêter une position commune sur leur participation à la réunion d’Annapolis. Le prince Saoud s’est, d’autre part, demandé comment les Israéliens pouvaient aller à Annapolis pour parler de paix « quand dans le même temps ils continuent à construire des murs et des colonies de peuplement ».

Cette position rejoint celle de monsieur Kouchner qui a, dans un entretien publié dimanche par le quotidien palestinien Al-Ayyam, pressé Israël de geler « immédiatement » la colonisation en Cisjordanie qui est selon lui « non seulement juridiquement illégale » mais aussi « politiquement, le principal obstacle à la paix ». « Rien ne justifie le développement des colonies; ni la croissance (démographique) naturelle, ni la sécurité. Au contraire, le développement de la colonisation renforce le sentiment d'injustice et accroît l'insécurité », a déclaré Bernard Kouchner. « Pour avancer vers la paix, Israël doit donc y mettre un terme immédiatement », a poursuivi Bernard Kouchner dans son entretien.

La colonisation, avec 267 500 Israéliens installés en Cisjordanie, est l’enjeu central du conflit, au même titre que les frontières, le statut de Jérusalem et des réfugiés palestiniens. Cette question toutefois n’est pourtant pas inscrite de façon certaine à l’ordre du jour de la réunion d’Annapolis. Israël refuse de négocier sur ce dossier sensible de la colonisation, pomme de discorde entre Israël et la Palestine depuis 1967. MM. Abbas et Olmert doivent se rencontrer, pour la dernière fois, lundi à Jérusalem, avant la réunion d'Annapolis. À propos de ce dernier rendez-vous, avant Annapolis, Bernard Kouchner a déclaré que le Premier ministre, Ehud Olmert, et le président palestinien, Mahmoud Abbas, ont « compris qu'il faudrait accepter des compromis difficiles en échange de la paix et de la sécurité ».

Selon le Nouvel Observateur : « près de deux Palestiniens sur trois (62%) s'attendent à l'échec de la conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien qui doit se tenir d'ici à la fin de l'année à Annapolis, près de Washington. C'est ce que révèle un sondage de l'institut de recherches politiques JMCC de Jérusalem-Est, publié lundi. Du côté israélien, l'opinion publique est à peine moins pessimiste : selon une enquête publiée la semaine dernière par «Haaretz», 51% des Israéliens estiment que la conférence ne permettra pas d'accroître de façon significative les chances de parvenir à un accord permanent ».

Force est de convenir, comme le Nouvel Observateur que nous sommes encore loin d’Annapolis : « Les Palestiniens voudraient obtenir la libération d'un nombre substantiel de prisonniers - au moins 2 000 sur les 11 000 détenus dans les prisons israéliennes - et la levée d'un certain nombre de barrages en Cisjordanie. Les Israéliens, de leur côté, demandent que les Palestiniens combattent le terrorisme, se dotent d'institutions stables et s'engagent à reconnaître Israël « comme État juif », précaution destinée, selon eux, à verrouiller toute possibilité d'un retour des réfugiés palestiniens en Israël ».

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samedi 17 novembre 2007

Lorsque le capital demande au travail de dire oui, le travail, comme un seul homme, répond non (Gandhi)

Sept fédérations de cheminots ont demandé aux AG de vendredi de reconduire le mouvement samedi. Le gouvernement, de son côté, pose comme préalable à toute négociation « la reprise du travail ». Les négociations sont dans l'impasse (Le Monde ).

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Je cède la place à un auteur, plus ancien, qui nous propose quelques réflexions sur la place des travailleurs.

Comment les travailleurs pourront-ils obtenir leur justice sans violence ? Si les capitalistes emploient la force pour supprimer leur mouvement, pourquoi ne s'efforceraient-ils pas de détruire leurs oppresseurs ?

Réponse: Cela, c'est la vieille loi, la loi de la jungle : oeil pour oeil, dent pour dent. Comme je vous l'ai déjà expliqué, tout mon effort tend précisément à nous débarrasser de cette loi de la jungle qui ne convient pas aux hommes.

Vous ne savez peut-être pas que je suis conseiller d'un syndicat ouvrier d'une ville appelée Ahmedabad, syndicat qui a obtenu des témoignages favorables d'experts en ces matières. Nous nous sommes efforcés de toujours employer la méthode de la non-violence pour régler les conflits qui ont pu s'élever entre le capital et le travail, au cours de ces quinze dernières années. Ce que je vais vous dire est donc basé sur une expérience qui est dans la ligne même du sujet auquel se rapporte cette question.

À mon humble avis, le mouvement ouvrier peut toujours être victorieux s'il est parfaitement uni et décidé à tous les sacrifices, quelle que soit la force des oppresseurs. Mais ceux qui guident le mouvement ouvrier ne se rendent pas compte de la valeur du moyen qui est à leur disposition et que le capitalisme ne possédera jamais. Si les travailleurs arrivent à faire la démonstration facile à comprendre que le capital est absolument impuissant sans leur collaboration, ils ont déjà gagné la partie. Mais nous sommes tellement sous l'hypnotisme du capitalisme, que nous finissons par croire qu'il représente toutes choses en ce monde.

Les travailleurs disposent d'un capital que le capitalisme lui-même n'aura jamais. Déjà à son époque, Ruskin a déclaré que le mouvement ouvrier a des chances inouïes; il a malheureusement parlé par-dessus nos têtes. À l'heure actuelle, un Anglais qui est à la fois un économiste et un capitaliste, est arrivé par son expérience économique aux conclusions formulées intuitivement par Ruskin. Il a apporté au travail un message vital. Il est faux, dit-il, de croire qu'un morceau de métal constitue du capital; il est également faux de croire que même telle quantité de produits représente un capital. Si nous allons à la vraie source, nous verrons que c'est le travail qui est le seul capital, un capital vivant qui ne peut être réduit à des termes de métal.

C'est sur cette loi que nous avons travaillé dans notre syndicat. C'est en nous basant sur elle que nous avons lutté contre le gouvernement et libéré 1.070.000 personnes d'une tyrannie séculaire. Je ne puis entrer dans les détails et vous expliquer en quoi consistait cette tyrannie, mais ceux qui veulent étudier le problème à fond pourront facilement le faire.

Je veux cependant vous dire simplement comment nous avons obtenu la victoire. Il existe en anglais, comme d'ailleurs en français et dans toutes les langues, un mot très important, quoique très bref. En anglais il n'a que deux lettres, c'est le mot "no", en français "non". Le secret de toute l'affaire est simplement le suivant : lorsque le capital demande au travail de dire oui, le travail, comme un seul homme, répond non.

A la minute même où les travailleurs comprennent que le choix leur est offert de dire oui quand ils pensent oui, et non quand ils pensent non, le travail devient le maître et le capital l'esclave. Et il n'importe absolument pas que le capital ait à sa disposition des fusils, des mitrailleuses et,des gaz empoisonnés, car il restera parfaitement impuissant si le travailleur affirme sa dignité d'homme en restant absolument fidèle à son non. Le travail n'a pas besoin de se venger, il n'a qu'à rester ferme et à présenter la poitrine aux balles et aux gaz empoissonnés, s'il reste fidèle à son "non", celui-ci finira par triompher.

Mais je vais vous dire pourquoi le mouvement ouvrier, si souvent capitule. Au lieu de stériliser le capital, comme je l'ai suggéré en tant qu'ouvrier moi-même, il cherche à prendre possession du capital pour devenir capitaliste à son tour. Par conséquent, le capitalisme, soigneusement retranché dans ses positions et bien organisé, n'a pas besoin de s'inquiéter: il trouve dans le mouvement ouvrier les éléments qui soutiendront sa cause et seront prêts à le remplacer.

Si nous n'étions fascinés par le capital, chaque homme et chaque femme comprendrait cette vérité essentielle. Ayant moi-même participé à l'organisation ou organisé des expériences de ce genre dans toutes sortes de cas, et pendant longtemps, je puis dire que j'ai le droit de parler de cette question, et que je possède quelque autorité en la matière. Il ne s'agit pas là de quelque chose de surhumain, mais au contraire de quelque chose qui est possible à chaque travailleur, homme ou femme. En effet, ce qu'on demande à l'ouvrier ne diffère pas de ce qu'accomplit en certain sens le soldat qui est chargé de détruire l'ennemi, mais porte sa propre destruction dans sa poche.
Je désire que le mouvement ouvrier imite le courage du soldat mais sans copier cette forme brutale de sa tâche qui consiste à apporter la mort et les souffrances à son adversaire, je me permets de vous affirmer d'ailleurs que celui qui est prêt à donner sa vie sans hésitation et en même temps ne prend aucune espèce d'arme pour faire du mal à son adversaire, montre un courage d'une valeur infiniment supérieure à l'autre.

Mohandas Gandhi, avocat et homme politique indien. Discours prononcé à Genève le 30 décembre 1931

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